vendredi 29 août 2025

Quelques propos et souvenirs de Mustapha Adane sur sa participation au Festival Panafricain ( PANAF) de 1969

 

Quelques propos et souvenirs de Mustapha Adane sur sa participation au Festival Panafricain ( PANAF) de 1969

 

 

[…] Pour le PANAF, si j’étais informé des délégations algériennes qui parcouraient les pays du continent pour inviter les officiels et les artistes, comme des préparatifs et de l’embellissement de la capitale, des rénovations de certaines salles d’exposition comme la mairie d’Alger, etc, nous ne savions pas grand-chose de la manière dont ce festival allait se dérouler ni l’ampleur qu’il aurait…... L’initiative était surtout politique et était traitée au niveau gouvernemental d’Etat à Etat... La surprise allait être inouïe le jour de l’ouverture tant la manifestation organisée chez nous sept ans après notre indépendance chèrement acquise fut la plus grandiose d’Afrique...

 

C’est donc en amont, quelques semaines avant la tenue du PANAF que j’ai créé une médaille pour le PANAF. Je n’avais alors à ma disposition d’autres informations que la date, le lieu, le logo et l’intitulé de la manifestation en arabe, en français et en anglais...




Photo : Abd. Djelfaoui

 

Pour ce qui est des arts plastiques nous n’avons malheureusement pas eu le temps d’avoir de vrais contacts entre artistes africains... A la galerie de la mairie d’Alger, galerie officielle où j’organisais une très grande exposition, ils étaient arrivés en bloc avec les caisses contenant leurs œuvres choisies par leurs gouvernements ; on a fait déballer la centaine de toiles et autres objets d’art, on les a arrangés. […]  Le gros problème c’est que tout s’est passé rapidement sans qu’il y ait eu de réunion, d’échanges bien organisés, de catalogues ou rencontres débats entre nous ou avec le public. On sentait que c’étaient les gouvernements qui géraient et décidaient tout par le haut ! Pour les arts plastiques nous n’avions pour fonction que d’être une grande salle d’exposition de toute l’Afrique, l’Algérie comprise...



Le Président Boumediene, accompagné dans sa visite

par Adane Mustapha Président de l’UNAP

 


[…] Ailleurs qu’à la mairie d’Alger, L’Union nationale des artistes peintres (UNAP) avait monté une exposition à la petite galerie [de la rue Pasteur] où étaient exposés les seuls peintres algériens. Une autre exposition d’arts africains avait lieu au Musée national des beaux-arts du Hamma dont le conservateur était Ahmed Kara, peintre. […]


Une œuvre d’un peintre sénégalais 



Avec Choukri Mesli, professeur comme moi à l’Ecole des beaux-arts, nous avons décidé de contacter les peintres marocains, pas nombreux (dont le célèbre peintre et militant Mahjoubi Ahardane que Mesli à rencontré seul) et les peintres tunisiens pour projeter une union maghrébine des arts graphiques... Mais cela n’a jamais été plus loin…

Je pense que les choses ont été plus spectaculaires pour des artistes comme Myriam Makéba et d’autres musiciens, ce qui était normal vu la forte charge de leur chant et l’importance de leur public... De même pour le cinéma et certainement le théâtre.  Les écrivains étaient eux nombreux en symposium au Club des Pins ainsi qu’au centre de l’attention de la presse...

 

Il faut dire aussi que les médias français qui dominaient à l’époque le monde des arts francophones ne donnaient de chance qu’au compte-goutte aux plasticiens africains pour se faire connaitre... Epoque où le néocolonialisme mettait par exemple au pouvoir ses pions comme Bokassa qui se déclarait « Empereur de Centrafrique » ! L’envergure des manifestations artistiques du PANAF avait pris la plupart des médias français au dépourvu... Ils ont voulu quand même s’en accaparer. Heureusement pour cet évènement capital du PANAF il y a eu le film de William Klein ! […]

 

Abderrahmane Djelfaoui

Larges extraits de mon ouvrage : 

« Adane au fil de ses naissances », chapitre 11.