Quelques propos et souvenirs de Mustapha
Adane sur sa participation au Festival Panafricain ( PANAF) de 1969
[…] Pour le
PANAF, si j’étais informé des délégations algériennes qui parcouraient les pays
du continent pour inviter les officiels et les artistes, comme des préparatifs
et de l’embellissement de la capitale, des rénovations de certaines salles
d’exposition comme la mairie d’Alger, etc, nous ne savions pas grand-chose de
la manière dont ce festival allait se dérouler ni l’ampleur qu’il aurait…...
L’initiative était surtout politique et était traitée au niveau gouvernemental
d’Etat à Etat... La surprise allait être inouïe le jour de l’ouverture tant la
manifestation organisée chez nous sept ans après notre indépendance chèrement
acquise fut la plus grandiose d’Afrique...
C’est donc en
amont, quelques semaines avant la tenue du PANAF que j’ai créé une médaille
pour le PANAF. Je n’avais alors à ma disposition d’autres informations que la
date, le lieu, le logo et l’intitulé de la manifestation en arabe, en français
et en anglais...
Photo : Abd. Djelfaoui
Pour ce qui est
des arts plastiques nous n’avons malheureusement pas eu le temps d’avoir de
vrais contacts entre artistes africains... A la galerie de la mairie d’Alger,
galerie officielle où j’organisais une très grande exposition, ils étaient
arrivés en bloc avec les caisses contenant leurs œuvres choisies par leurs
gouvernements ; on a fait déballer la centaine de toiles et autres objets
d’art, on les a arrangés. […] Le gros
problème c’est que tout s’est passé rapidement sans qu’il y ait eu de
réunion, d’échanges bien organisés, de catalogues ou rencontres débats entre
nous ou avec le public. On sentait que c’étaient les gouvernements qui géraient
et décidaient tout par le haut ! Pour les arts plastiques nous n’avions
pour fonction que d’être une grande salle d’exposition de toute l’Afrique,
l’Algérie comprise...
Le Président Boumediene, accompagné
dans sa visite
par Adane Mustapha Président
de l’UNAP
[…] Ailleurs qu’à la mairie d’Alger, L’Union nationale des
artistes peintres (UNAP) avait monté une exposition à la petite galerie [de la
rue Pasteur] où étaient exposés les seuls peintres algériens. Une autre
exposition d’arts africains avait lieu au Musée national des beaux-arts du
Hamma dont le conservateur était Ahmed Kara, peintre. […]
Une œuvre d’un peintre
sénégalais
Avec Choukri
Mesli, professeur comme moi à l’Ecole des beaux-arts, nous avons décidé de
contacter les peintres marocains, pas nombreux (dont le célèbre peintre et
militant Mahjoubi Ahardane que Mesli à rencontré seul) et les peintres
tunisiens pour projeter une union maghrébine des arts graphiques... Mais cela
n’a jamais été plus loin…
Je pense que
les choses ont été plus spectaculaires pour des artistes comme Myriam Makéba et
d’autres musiciens, ce qui était normal vu la forte charge de leur chant et
l’importance de leur public... De même pour le cinéma et certainement le
théâtre. Les écrivains étaient eux
nombreux en symposium au Club des Pins ainsi qu’au centre de l’attention de la
presse...
Il faut dire
aussi que les médias français qui dominaient à l’époque le monde des arts
francophones ne donnaient de chance qu’au compte-goutte aux plasticiens
africains pour se faire connaitre... Epoque où le néocolonialisme mettait par
exemple au pouvoir ses pions comme Bokassa qui se déclarait « Empereur de
Centrafrique » ! L’envergure des manifestations artistiques du PANAF
avait pris la plupart des médias français au dépourvu... Ils ont voulu quand
même s’en accaparer. Heureusement pour cet évènement capital du PANAF il y a eu
le film de William Klein ! […]
Abderrahmane
Djelfaoui
Larges extraits de mon ouvrage :
« Adane au fil de ses naissances », chapitre 11.