samedi 22 novembre 2025

 



Juillet 1962 : 

un fondement de l’histoire

et de l’art contemporains

 

 

 

Mustapha Adane arrive à Alger en juillet 1962 ; il a 29 ans. Il a terminé la 1ere partie de ses études artistiques à Leipzig en RDA où il avait été envoyé par le GPRA depuis Tunis en 1959. Il y arrive avec une joie sans borne de retrouver son pays et sa famille. Il ne connait alors aucun artiste algérien ni aucune galerie d’art sur le territoire national. « Parti en pleine guerre, me dit-il, je revenais dans mon pays libre, mais je revenais dans un monde inconnu… »








Il retrouve sa mère dans la maison paternelle de Kouba

 

 

Il dessine alors un projet de monument qui décline le nom de l’Algérie en plusieurs langues. Mais ce projet restera sans suite vu la situation chaotique de l’été 62 …





[
Vue prise sur le vif à la basse Casbah, par le regretté Mohamed Kouaci qui de 1958 à l’indépendance fut le photographe de l’exode des populations paysannes algériennes fuyant bombardements et misères pour se réfugier en Tunisie ; il y photographe également les dirigeants du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) installées à Tunis, comme encore Frantz Fanon ou les rédacteurs du Journal El Moudjahed , etc…]


Dans l'euphorie populaire d'alors l’organisation des étudiants UGEMA dont il était responsable en Allemagne de l’Est (et qui n’a pas encore été transformée en UNEA), demande à Mustapha Adane qui a 29 ans d’organiser une exposition au VIII -ème Festival mondial la jeunesse et des étudiants pour la paix et l’amitié, Helsinki, Finlande du 28 juillet au 6 août 1962…


Une Algérie si fière et heureuse que l'artiste la dessine planant dans le ciel...


La situation à la fois joyeuse et dramatique à Alger, lui donne l’idée d’organiser pour Helsinki une exposition d’art populaire algérien. Il décide de faire rapidement le tour d’Algérie en voiture pour rassembler des objets d’art représentatifs (tapis, fibules, bijoux, poterie, photographies des peintures rupestres du Tassili, etc …)


                               Fibule berbère


En Kabylie, on lui fait rencontrer le Père Ouyahia. « C’était, me dit Mustapha Adane, un bonhomme assez corpulent et souriant tout le temps. Ce qui m’a frappé de suite c’est sa gandourah carrément blanche, très simple et son chapeau kabyle. Une chechia ronde et haut de forme comme un pot… Elle était teinte en rouge carmin, propre à la teinture berbère… Elle n’était pas unie mais rugueuse, en fait une chechia pour l’hiver…   Le père Ouyahia, un chrétien profondément imprégné de culture berbère et d’humanisme n’avait pas de croix dessus le col de sa gandourah… Nous avions d’ailleurs la même vision de l’être humain… »

 

Mis au courant du projet d’exposition d’Helsinki, Le père Ouyahia, l’emmène voir « des fresques dans une chambre où un mariage allait se dérouler… Des fresques en allège qui étaient en train d’être peintes par des femmes sur une bande de 1 m 20 de hauteur qui faisait le tour des quatre murs de la chambre… » 

N’ayant pas d’appareil photo pour prendre les vues de ce travail en cours d’art populaire féminin, Mustapha Adane ne l’oubliera jamais…

 

Près de cinquante ans plus tard, après une carrière artistique foisonnante (dessins, peintures, sculptures, architecture, fresques monumentales, restauration d’édifices, etc), Mustapha Adane, en souvenir de cet été 62 où il avait eu le privilège de suivre des femmes qui peignaient les murs de la chambre de mariée, peint ce « Mur berbère », tableau d’art contemporain.

 

« Mur berbère » de Mustapha Adane inspiré de la chambre nuptiale de 1962

1 mètre x 1 m 80.



© Abderrahmane Djelfaoui

(Le présent montage de texte et photos est extrait du Chapitre 7 – « ÉTÉ 1962 – L’ALGÉRIE RETROUVÉE ?.. » de mon ouvrage réalisé avec l’artiste « Mustapha Adane au fil de ses naissances » 

Alger- 22 novembre 2025


vendredi 7 novembre 2025

 



Mon automne 2025

(Également mon automne sur Instagram)

 


Généralement chez nous, en Algérie, l’automne n’est qu’une prolongation de la saison sèche d’été. Mais cette année 2025, la réalité a été différente : des pluies, souvent torrentielles, sur certaines zones du pays ; un début d’hiver qui s’annonçait rigoureux, notamment du coté de Djelfa a ce que m’en a dit l’ami Ahmed Khireddine au téléphone ; et une forte dose d’humidité sur les zones côtières qui longent la Méditerranée…

Cela pour dire sans salamalek que cette période a été propice aux rhumes, aux nez qui coulent, aux différents types de toux, de fatigues et de yeux qui larmoient, etc 


Mais ce n’est pas ce que j’ai photographié….

Mes prises de vues d’automne ont commencé par mon court voyage dans la steppe centrale d’Algérie, une zone qui m’est habituelle depuis de nombreuses années.



C’était le 26 septembre sur l’autoroute reliant Djelfa à Alger, une photo prise avec mon smartphone Samsung et publiée sur Instagram plus de 15 jours après le 12 octobre avec deux autres photographies de la traversée de l’Atlas blidéen et des gorges de la Chiffa

 

Quelques jours plus tard je faisais paraitre une série sur l’ail… parce que l’automne est aussi une bonne cuisine de saison, sujet qui mériterait d’ailleurs bien des vidéos, des films documentaires et de beaux livres pour lesquels les éditeurs tardent beaucoup depuis des décennies à satisfaire notre plaisir, notre mémoire historique, notre curiosité et notre fierté de méditerranéens à la fois côtiers et continentaux.



DU CIEL TANTOT BLEU TANTOT NUAGEUX AUX CIGOGNES REPARTIES…

 

Le vrai déclic en mon for intérieur de notre basculement irréversible dans l’automne a été de m’apercevoir lors d’un voyage retour de Azazga vers Alger du vide profond laissé par le départ des cigognes. J’ai pas mal photographié les cigognes dans leurs nids au fil des années que ce soit à l’ouest du pays ou dans la Mitidja, mais là, regardez bien, et méditez…



Dans mon commentaire en anglais sur Instagram j’écrivais : « Une fois les cigognes parties, que reste-t-il ? Des nids extraordinaires empilés de bas en haut, vides, sur un arbre immense, nu, dépouillé, et agonisant…Dans ces nids, la trace ténue de vies minuscules mais millénaires qui n’ont cessé de faire de longs voyages migratoires guidés par l’instinct…

« Mais (car il y a un « mais ») c’est le « mais » de l’espoir silencieux qu’elles reviendront l’année prochaine. Elles ont une bonne mémoire. »


DES CIGOGNES AU JARDIN DE L’AMI MUSTAPHA ADANE



Je n’avais pas à ma disposition immédiate de forets pour voir roussir et chuter des arbres en cascades les feuilles d’automne. J’aurais pu penser à la foret de Bainem, par exemple, mais  vu la circulation et les bouchons inouïs dans les environs immédiats d’Alger, l’idée ne m’avais pas effleuré à ce moment-là…  Par contre l’heureux hasard d’un échange sur la nature avec l’artiste Mustrapha Adane dans son jardin du Sahel algérois m’a fait lever les yeux sur les feuilles de sa vigne suspendue…






 



PUIS EST VENU LE BROUILLARD…

 

Il faut dire qu’automne ou pas automne, j’aime le noir et blanc. Ca me vient de ma culture d’enfance et d’adolescence de tous les films d’époque  (« America, América » d’Elia Kazan ; « Quand passent les cigognes » de Mikhail Kalatozov ou « Le Charbonier » de Mohamed Bouamari dont le Directeur de la photographie était Daho Boukerche…)




Un brouillard tel ce 28 octobre sur un des ponts d’El Harrach (Alger) qu’on ne voyait plus la rive opposée…

Puis, après le 1er novembre, place à la tortue d’hiver qui ne manquera pas de salade…




… Ce qui n’est sans doute pas le cas du taureau mural d’une des cités de Ain Naadja

 




A la saison toute prochaine donc !

 

Abderrahmane Djelfaoui

Vendredi 7 novembre après un coup de fil Douéra-Djelfa…