vendredi 19 août 2016

SALUT ANDREA ! pour tous les poèmes sans frontière




A l’occasion de la parution du numéro 82 de la revue OSIRIS que dirige la poétesse Andrea Moorhead depuis 1972, je me suis rappelé d’un mail qu’elle m’avait envoyé de sa toute petite ville de Deerfield  (USA) il y a bien 13 ans… Le mail contenait un  de ses poèmes qui modulait une complainte sur la région du Niagara (où elle est née en 1947) avec, en refrain,   les iles d’Alger …
Je le recopie à mon tour, tel qu’elle me l’avait elle-même copié pour mémoire :

NIAGARA

le visage de ma ville est neigeux
couleur d’ardoise et de miel
voile tiré pour nous protéger
nous mettre le corps sous la chaleur
fugitive et humide des étés de Niagara
où mon cœur a des racines de lune
jambes minces du trou noir cosmique
lignes et étincelles en désordre
tous les abricotiers ont souffert cette année
la fumée noire monte encore de l’autre rive
nous sommes coincés entre le givre et la flamme
mains inconnues où la nuit nous a touchés
en laissant des cicatrices pour Alger dont
nous avons entendu l’histoire des muezzins
et des oliviers antiques, ville creuset et caravane humaine
d’où vient cette incertitude ce mouvement qui tâtonne et respire
oreilles prés de la terre d’où viennent les morts
les vols d’oiseaux les images de givre et d’abricot les images
faites à la main par une nuit profonde de Niagara
des kilomètres de béton et de lignes à haute tension
des raffineries et des casinos où vont les eaux du détroit
où vont les eaux qui veulent retrouver l’Atlantique
qui veulent encore de la verdure et des fruits dorés
creuset de l’âme nord américaine piège et sirène
abri des hirondelles et des fleurs pourpres et roses
contradiction et naissance vieux mur de terre
qui répond aux murailles d’Alger qui cherche à y poser
un regard pur d’amour d’amitié
chutes blanches chutes neigeuses
voix intimes de mon enfance
les cloches sonnent doucement dés notre réveil
tout est bleu et fleuri
tout est mort et calme
tout est sans défense
par une nuit pure de Niagara
lumière et chute
vol inaccoutumé sur tant de blancheur
les plaines dorées de mon enfance ont été détruites
des fissures artificielles des autoroutes des centres d’achats
un masque stérile imposé sur la chair aimée
une poussière  qui vient de nulle part
des vents effrénés aux marges de la conscience
des feux où les yeux ont essayé et les bras ont porté
trop de poids trop de terre trop de souvenirs
ma ville luit à travers les décombres de sa passion
de notre indifférence collective notre obstination
notre musique d’intelligence biologique
face aux cicatrices de naissance aux appels de mort
les îlots d’Alger les petites îles  de Niagara
points de lumière et d’accueil par des nuits sanglantes et dures
où tout ressemble aux plaines mortes inventées par des esprits fatigués
la neige est venue ce soir pour accueillir le désert
pour mettre fin à l’incertitude pour couvrir et guérir
le visage meurtri de ma ville pour mettre des points de sutures
des pansements pour respirer doucement tout prés de notre visage
pour calmer le corps et remettre le cœur
pour répondre aux appels nord-africains
neige et étoile soleil blanc et givre illuminé.

Andrea Moorhead
Deerfield, Massachusetts
Etats Unis
le  18 fevrier 2003




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