samedi 14 avril 2018

Paris s’arrose (mars 2004)


Le bombardement de la Syrie dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 avril 2018 a soudain fait ressurgir une archive poétique de ma mémoire…
Celle d’un de mes Paris mélancolique, mais un Paris pacifique et ouvert comme peut l’être le vol gracieux d’un pigeon...




Ici (dans cet article) le jeu de va et vient entre des poèmes lointains déjà (2004) et des photographies que j’ai prises prés d’une quinzaine d’années plus tard…


Paris donc et, dans Paris, la Seine d’abord…



qu’est-ce donc que ce fleuve
sinon déjà une mer
en ses profonds cils imaginaires

et ses péniches
des navires à pigeons
annonçant belles autres rives
d’ailes

et tous ces ponts si différents
à enfermer ô lumière
tant de fragrances à souvenirs

qu’est-ce donc que ce fleuve
qui d’une Seine unique
a poli des mille et cent d’amours

lui qui me pousse par les escaliers de ses quais
abandonner les boulevards
approcher ces étranges oiseaux
têtes de pingouins onduler mouettes
à la berge pacifique du ressac



Ce qui me rappelle (ce qui n’est pas si difficile pour un homme de ma génération) de nombreux vers du poète turc Nazim Hikmet écrits à Paris, dont ceux-ci :

…Dans quelle ville as-tu mangé
le pain le plus blanc ?
A Paris,
surtout les croissants :
tu te croirais à Istanbul
chez un boulanger de Chehzadé.

Qu'as tu aimé le plus fort à Paris ?
C'est Paris….

Un poème de mai 1958 qu’il faut bien évidemment relire en entier pour ses si justes détails d’époque et d’atmosphère d’une autre guerre… Une ville par ailleurs bellement célébrée par une poignée de poètes de la Résistance : Aragon, Eluard, Seghers, Desnos mais aussi d’autres dés le 19 eme siècle, tel Baudelaire, qui en firent par delà le fracas de révolutions (avortées) et de conquêtes coloniales (tues) la capitale de la modernité poétique…


place des Vosges

à Zazi


une femme me fut là
cœur et histoire
gazelle brune
fine en émoi

et comme si le temps avait
soudain fermé ses pages
violemment
elle disparue
laissant hébétées les arcades
le jet d’eau en pleurs et
au bout d’un banc à coté de moi
un oiseau me picorant la mémoire

Lycéennes et lycéens  sortant d’une visite guidée à la maison de Victor Hugo…


Paris ce fut à cette période précise la rencontre avec les poètes Abdelatif Laabi (frondateur de la revue Souffles et traducteur de la poésie palestinienne de combat) accompagné de son épouse, ainsi que de Pierre Dhainaut qui arrivait de Dunkerque avec sa femme ; tous invités gaiement par le couple Mazo…


à Bernard et Mireille Mazo

il pleut sur la Marne
à mouiller la chanson
des poissons endormis

il pleut d’elle
une pluie d’anges
évanescents

si lentement qu’un canard
la remontant semble être
lui-même le courant

Je n’ai malheureusement pas pu retrouver trace de photos prises à ce moment là. (Nous devions retrouver Nimrod Bena, Lionel Ray, Mohamed Bennis, Luis Mizon et d’autres poètes encore à la Sorbonne…) N’empêche ! Une page manuscrite d’un poème de Pierre Dhainaut …



Un poème de Bernard Mazo qui m'était dédicacé et même traduit à l'arabe...


Ainsi qu'une interview que llui avaéit faite le journal El MOUSTAQBAL (2 decembre 2000) et dont il était fier...


"20 000 poètes écrivent de la poésie en France, 
mais la vente de chacun de leur recueil 
ne dépasse pas les 300 exemplaires..." dit-il

Ce Paris pluriel, Paris de la camaraderie et de l’estime dans le respect des différences, leurs richesses et complétude ne serait-il plus qu’un souvenir ?… 



ô Maillol aux champs
Maillol au vent
tes femmes pensent
tes femmes dansent
immobiles et nues
si belles et
polies au Jardin
des Tuileries



D’Alger je ne cesse pourtant d’en rêver (naif ?) le demain d’une neuve rive, mer d’hiver à mes jetées…. Rêver par delà la nuit du vendredi 13 au samedi 14…



Abderrahmane Djelfaoui, poèmes et photographies


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