DOUERA,
un conte cinématographique interprété
par une pléiade d’artistes ;
un souvenir
d’eau pure !
C’était il y
a pourtant plus de 40 ans…
Était-ce «
avant » ou « après nous »
?.... Mon sentiment est que c’était avant toutes les décennies noires d’ici
et d’ailleurs…
Au centre, M’hamed Benguettaf (1939-2014) dans le rôle
du roi lion
Avec son bâton de monarque de la foret. A sa droite, en
chemise blanche Ahmed Messad, le directeur photo et à gauche : Nordine El
Hachemi l’auteur et réalisateur de « Douéra »
Un évènement unique
dans la cinématographie algérienne avec de grands comédiens du théâtre qui interprétaient
des rôles cinématographiques avec les costumes et masques bariolés d’un conte
lointain ! Leurs noms ? Sonia. Azzedine Medjoubi. Sirat Boumedienne.
Himour. Arslane. Bouzida Abdellah, Aida toute jeune, et bien d’autres encore …
C’était notre
premier grand drame musical chorégraphié, filmé, chanté et diffusé à l’antenne
au milieu des années 80 du siècle dernier pour la curiosité et le plaisir des
enfants, de tous les enfants mais aussi pour les plus grands.
Nordine el Hachemi dirigeant Sirat Boumédiene
(1947-1995) dans le rôle du renard…
Sirat l’acteur de fétiche de Abdelkader Alloula
(El Algue, El Khobza, Hammam Rabbi, Ledjouad…)
Le coq avec sa crète rouge interprété par Azzedine
Medjoubi (1945-1995)
Et devant lui, en blanche colombe Sonia Makiou
(1953-2018).
Maquette du costume de la Colombe (Sonia)
conçu et
dessiné par Liliane El Hachemi, scénographe (1942 – 2002)
Sonia – La Colombe
Bouzida Abdellah (1943- 2012) dans le rôle du porc-épic
Liliane El
Hachemi, avec M’hamed Benbguettaf durant le tournage. C’est elle qui conçu
l’ensemble du décor du film (une foret) sur un espace de 600 mètres carrés dans
une salle de sport de Tixéraine. C’est également elle qui conçu et dessina tous
les costumes et masques du film, aidée par un atelier de couturières de la RTA).
Liliane était
une professionnelle douée et consciencieuse qui était issue de l’Ecole
Supérieure des Beaux-Arts Appliqués de Berlin où elle avait fait ses études de
1963 à 1968.
Le grand
journaliste et critique de théâtre Kamel Bendimered rapporte ce qu’elle lui
affirme :
« J’aime
travailler avec des gens compétents et surtout passionnés, c’est stimulant pour
avancer et débusquer des chemins nouveaux. D’ailleurs, peut-on concevoir une
aventure sans une implication totale de ceux qui s’y trouvent engagés ? »
Les équipes de couture et de décoration du film « Douéra » que Liliane a constitué en rassemblant elle-même une couturière de Belcourt, des jeunes des Beaux arts, etc.
La musique
originale du film est signée de Mohamed Réda Guechoud. C’est également lui qui
assura la répétition des chants puis l’enregistrement à l’auditorium de la RTA
avec le concours d’une dizaine de musiciens ou chaque instrument jouait son
dialogue enregistré sur un magnétophone multipiste…
Mohamed Réda se souvient : "à l'époque où Nordine était en salle de montage du film, moi je n'étais pas à Alger mais en tournée avec mon groupe musical. Il m'a appelé à plusieurs reprises par téléphone en me questionnant sur tel ou tel détail de la musique. On réglait ça normalement tous les deux par téléphone en restant chacun à l'autre bout du fil"...
Mohamed Guecdhoud au saxophone et son épouse Aida debout
à gauche.
Au centre Khellil Guechioud (hautbois) et à ses cotés à
la flute Boualem Hamani.
Ce n’est pas une photo du film, mais un cliché de la
même époque, époque de Rasd ou Maya durant laquelle, me dit Mohamed Réda,
« la production à la RTA ne lésinait pas sur l’argent et les moyens… »
Une époque où
la RTA comptait une quarantaine de réalisateurs. Liliane réalisait entre autres
une année avant Douéra, les costumes du film sur le théâtre algérien réalisé
par le cinéaste Béga . C’était une époque encore très ambitieuse en
matière culturelle et artistique. Heureux ceux qui ont vécu, assisté, contribué
à cette époque bouillonnante, créative où les arts et leurs multiples
manifestations incarnées par des figures de haut niveau ne cessaient de faire
vivre et d’enrichir cette symbolique « Douera » traditionnelle qui a
traversé les siècles pour façonner notre pays et le patrimoine de notre peuple.
Abderrahmane
Djelfaoui
Douéra,
ramadan 2026