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mercredi 18 mars 2026

 



L’actrice AIDA se souvient du bonheur d’un film : « Douéra » …

 

Je roulais vers le domicile de Aïda Guechoud, quant à plusieurs centaines de mètres avant je la rencontrais devant une petite superette de quartier avec un groupe de collégiens heureux qui voulaient faire la photo souvenir avec elle…


 


Pendant ce ramadan 2026 Aïda était apparue dans deux feuilletons télévisés : « Dar Essed », série produite par El Bilad et « Errba’a » où elle interprète la mère de Souad Sebki, un feuilleton d’Echourouk signé de Nabil Assli…

(En fait Aida rentrait à la maison après avoir fait plusieurs kilomètres à pied ses courses à la main pour tenir la forme…)

 

Pour commencer par le début, Aida s’était engagée dans la carrière d’actrice en 1972, dans l’inoubliable « El Harik » de Mustapha Badie ; une adaptation d’un roman de Mohamed Dib… Ici, un photogramme de la scène où elle est demandée en mariage.



La grande famille du théâtre et de la télé réunie dans « Douira », 1985…

 

« El Hachemi Nordine nous connaissait moi et mon mari, et connaissais mes interprétations des chansons pour enfants à la radio ainsi que les chants aux génériques des émissions enfantines télé. J’avais également chanté dans l’émission « Kiri le clown » adaptée en arabe avec le musicien Ahmed Malek, allah yerhmou, ainsi qu’avec Hdidouane, le clown d’Oran…


« J’avoue que quand j’ai commencé à répéter le rôle de la gazelle j’avais vraiment le trac car les autres comédiens, les grands comédiens comme Benguettaf, Medjoubi, Sirat, Himour, Dalila Hlilou étaient là ; sauf Sonia qui était une amie avec qui j’avais une grande complicité… J’étais peut-être la seule comédienne de la télévision. Ce qui a été formidable c’est que DOUERA nous a réunis en une seule famille et très vite je me suis sentie à l’aise….




















« Avec El Hachemi Nordine, on faisait d’abord la lecture collective du texte. Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui sur les tournages alors que ça permettrait de mieux assimiler le sens de la pièce. Chaque comédien à l’époque de Douéra avait le temps de rentrer dans la peau de son personnage. Benguettaf faisait vraiment corps avec le lion. C’était le Roi ! Et Medjoubi contre les prédateurs de la foret était superbe quand dans le rôle du coq. C’était extraordinaire de voir ces grands comédiens du TNA faire vivre ces personnages de conte avec autant de force et de vie. Chacun fusionnait avec son personnage… La même chose pour Sirat Boumedienne habillé et masqué en renard ; Dalila dans le rôle de la vipère, l’escargot qui joue aux échecs, le lapin, le porc-épic ! … En voyant tout ce beau monde je n’avais plus peur d’interpréter la gazelle. Il nous fallait aussi chanter ensemble. Et ceux qui ne savaient pas chanter ont appris ! En jouant avec ces grands du théâtre j’ai vu que c’étaient des gens nobles, cultivés, discrets et fiers de leur métier».

Le renard, la vipère au milieu, le corbeau derrière eux et le chien par terre…

Dessous : l’escargot jouant aux échecs…


Bébé gazelle, le singe et le coq…

 

Difficile d’arreter la passion souriante d’Aida a décrire ces scènes tournées il y a plus de 40 ans dans une immense salle de sport de Tixéraine, aux environs d’Alger ; une salle transformée en une foisonnante foret de nature artificielle de 600 mètres carrés conçue et dessinée, comme tous les costumes et les masques, par la scénographe Liliane El Hachemi …

 

« … Et moi la gazelle j’étais dans ce conte la mère d’un petit. Le rôle de ce petit était tenu par le fils de El Hadi Chérifa qui enseignait la danse aux enfants de l’école Malika Kharchi de Kouba. 

Les prédateurs surprennent mon petit en train de jouer et le dévorent…Il y a donc une scène où je suis triste et je pleure. Sonia la colombe essaie de me consoler… Ca ne s’arrête pas là. Le lion dit aux autres prédateurs : puisque vous avez mangé le petit de la gazelle, moi je vais manger la gazelle elle-même…


« C’est à partir de là que démarre dans le film la guerre entre les prédateurs et les autres animaux considérés comme « petits » c’est-à-dire la colombe, le coq, le singe joué par Arslane et les autres. Pour la petite histoire, j’avais emmené avec moi sur le tournage mon propre fils Mourad et c’était le singe qui le fascinait, parce qu’il s’accrochait aux lianes des arbres, faisait des cabrioles, jouait à la balançoire et mon fils, qui n’avait que quatre ans, emporté par ces actions s’accrochait à sa queue !… C’est dire l’ambiance qu’il y avait ! 



« …. Mon fils adorait aussi le coq (Medjoubi) et les couleurs de son costume, parce que lorsque Medjoubi se reposait (il restait dans son costume de coq), il s’allongeait par terre pour souffler, les ailes de chaque côté de son corps. Mon fils Mourad venait alors fasciné par ce coq se mettre sur sa poitrine et Medjoubi fermait ses ailes pour le recouvrir comme un ange. Moi avec tout le monde qu’il y avait dans cette jungle je cherchais mon fils Mourad, ne l’apercevant nulle part. Je le trouvais endormi caché par les ailes du coq ! »



Conditions de tournage pour les comédiens et l’équipe technique.

 

Nordine El Hachemi est connu pour son travail intensif de direction des comédiens que ce soit au théâtre, ou dans les studios pour la télévision. Une bonne partie du programme de tournage de « Douéra » commençait vers les 17 heures, à la fin du jour, pour se poursuivre dans la nuit jusqu’au petit matin. Un temps de tournage était réservé au groupe des prédateurs, l’autre à ceux qu’on nommait « les petits »… A tour de rôle…

 

« Nordine El Hachemi, dit Aïda, est un vrai homme de théâtre qui a monté beaucoup de pièces. Patient il ne s’énerve jamais. Il sait guider les comédiens, même les plus expérimentés. Il transmet le savoir en mettant les comédiens à l’aise surtout pour les scènes difficiles et les plus dramatiques comme celle où le coq à la fin du film est en train de mourir et que je pose sa tête sur mes genoux… Il me parlait : ya Guezalla … J’avais tellement de peine que je pleurais et que mon nez coulait… Une scène qui a beaucoup plu à Nordine. Une scène pour nous tous ses camarades qui est devenue symbolique après son assassinat tragique dix ans plus tard à la porte même tu TNA... »



Aida revient sur l’ambiance de la troupe : « On partageait le repas tous ensemble ; un diner que nous ramenait un gars plein d’humour qui s’appelait Kouider. Etaient avec nous Messad le directeur photo et sa femme Rachida Messad, une grande dame, maquilleuse des grands rôles du film. Durant ces repas on partageait tout et notamment des anecdotes avec lesquelles Sirat n’arrêtait pas de nous tuer de rire… En fait ces grands comédiens étaient de grands enfants et nous avons passés pratiquement une année entière dans cette ambiance ! Qui l’a fait ?...

« Après le diner, avant de poursuivre le tournage je préparais pour mes enfants Akila, Mourad et Samia ainsi que la fille de Sonia, leurs petits lits dans ma voiture, une R4 pour qu’ils dorment le reste de la nuit »

 

Ces faits me rappellent ce que m’avait dit de vive voix Nordine El Hachemi à propos du montage de la pièce « La poudre d’intelligence » de Kateb Yacine, à Constantine : « J’ai fait travailler sans relâche les comédiens, qui étaient tous de jeunes comédiens amateurs, presque nuit et jour pendant 15 jours ! » C’était en 1971. Et la troupe eu haut la main la même année le 1er Prix au Festival du théâtre amateur de Mostaganem …

Mise en scène de « La poudre d’intelligence » par Nordine El Hachemi, décors de simples draps blancs amovibles par Liliane El Hachemi (1971)

 

Aida poursuit : « Je remercie El Hachemi qui m’a encouragé à entrer dans le monde de ces grands. Liliane aussi qui m’a fait découvrir la magie de maquettes de décors qu’elle dessinait, de costumes et de masques que je n’avais jamais vu alors que j’allais au théâtre en tant que spectatrice… C’est un véritable patrimoine. D’ailleurs quand une partie du travail de Liliane a été exposé, en 90 je crois, au Palais de la culture, il y avait en même temps une délégation d’artistes iraniens qui exposaient aussi. Eh bien ils étaient ravis de ce qu’ils voyaient… C’était la période où j’étais distribuée dans la pièce « El Boqala » qu’on montait au Tna

« Douéra était donc une production de haut niveau pour l’époque. Quand je revoie toute la multiplicité extraordinaire des dizaines et des dizaines de costumes et de masques, je me dis que tout cela devrait être conservé et exposé dans un musée pour les nouvelles générations… Pour s’en inspirer et faire mieux… »

 

Quelques costumes conçus par Liliane El Hachemi pour habiller les enfants jouant de petits rôles .

 







Et faisons juste une pause (méditative) avec ce qu’Aida disait dans un de nos journaux.


« J’ai donné mon enfance et ma jeunesse à l’art qui lui me l’a rendu par l’amour des gens »

 

 

 

Abderrahmane Djelfaoui

Douéra- 18-19 mars 2026






vendredi 7 novembre 2025

 



Mon automne 2025

(Également mon automne sur Instagram)

 


Généralement chez nous, en Algérie, l’automne n’est qu’une prolongation de la saison sèche d’été. Mais cette année 2025, la réalité a été différente : des pluies, souvent torrentielles, sur certaines zones du pays ; un début d’hiver qui s’annonçait rigoureux, notamment du coté de Djelfa a ce que m’en a dit l’ami Ahmed Khireddine au téléphone ; et une forte dose d’humidité sur les zones côtières qui longent la Méditerranée…

Cela pour dire sans salamalek que cette période a été propice aux rhumes, aux nez qui coulent, aux différents types de toux, de fatigues et de yeux qui larmoient, etc 


Mais ce n’est pas ce que j’ai photographié….

Mes prises de vues d’automne ont commencé par mon court voyage dans la steppe centrale d’Algérie, une zone qui m’est habituelle depuis de nombreuses années.



C’était le 26 septembre sur l’autoroute reliant Djelfa à Alger, une photo prise avec mon smartphone Samsung et publiée sur Instagram plus de 15 jours après le 12 octobre avec deux autres photographies de la traversée de l’Atlas blidéen et des gorges de la Chiffa

 

Quelques jours plus tard je faisais paraitre une série sur l’ail… parce que l’automne est aussi une bonne cuisine de saison, sujet qui mériterait d’ailleurs bien des vidéos, des films documentaires et de beaux livres pour lesquels les éditeurs tardent beaucoup depuis des décennies à satisfaire notre plaisir, notre mémoire historique, notre curiosité et notre fierté de méditerranéens à la fois côtiers et continentaux.



DU CIEL TANTOT BLEU TANTOT NUAGEUX AUX CIGOGNES REPARTIES…

 

Le vrai déclic en mon for intérieur de notre basculement irréversible dans l’automne a été de m’apercevoir lors d’un voyage retour de Azazga vers Alger du vide profond laissé par le départ des cigognes. J’ai pas mal photographié les cigognes dans leurs nids au fil des années que ce soit à l’ouest du pays ou dans la Mitidja, mais là, regardez bien, et méditez…



Dans mon commentaire en anglais sur Instagram j’écrivais : « Une fois les cigognes parties, que reste-t-il ? Des nids extraordinaires empilés de bas en haut, vides, sur un arbre immense, nu, dépouillé, et agonisant…Dans ces nids, la trace ténue de vies minuscules mais millénaires qui n’ont cessé de faire de longs voyages migratoires guidés par l’instinct…

« Mais (car il y a un « mais ») c’est le « mais » de l’espoir silencieux qu’elles reviendront l’année prochaine. Elles ont une bonne mémoire. »


DES CIGOGNES AU JARDIN DE L’AMI MUSTAPHA ADANE



Je n’avais pas à ma disposition immédiate de forets pour voir roussir et chuter des arbres en cascades les feuilles d’automne. J’aurais pu penser à la foret de Bainem, par exemple, mais  vu la circulation et les bouchons inouïs dans les environs immédiats d’Alger, l’idée ne m’avais pas effleuré à ce moment-là…  Par contre l’heureux hasard d’un échange sur la nature avec l’artiste Mustrapha Adane dans son jardin du Sahel algérois m’a fait lever les yeux sur les feuilles de sa vigne suspendue…






 



PUIS EST VENU LE BROUILLARD…

 

Il faut dire qu’automne ou pas automne, j’aime le noir et blanc. Ca me vient de ma culture d’enfance et d’adolescence de tous les films d’époque  (« America, América » d’Elia Kazan ; « Quand passent les cigognes » de Mikhail Kalatozov ou « Le Charbonier » de Mohamed Bouamari dont le Directeur de la photographie était Daho Boukerche…)




Un brouillard tel ce 28 octobre sur un des ponts d’El Harrach (Alger) qu’on ne voyait plus la rive opposée…

Puis, après le 1er novembre, place à la tortue d’hiver qui ne manquera pas de salade…




… Ce qui n’est sans doute pas le cas du taureau mural d’une des cités de Ain Naadja…

 




A la saison toute prochaine donc !

 

Abderrahmane Djelfaoui

Vendredi 7 novembre après un coup de fil Douéra-Djelfa…