« Tchelba » de BERLIN à ALGER !
Avec Nordine El Hachemi
D’Alger j’ai
appelé Nordine à Berlin pour lui souhaiter une bonne fête de l’Aid El Kebir.
Nos vœux se sont réciproquement croisés en traversant une bonne partie de
l’Europe et de la Méditerranée centrale… accompagnés de quelques rires et pas
mal de quintes de toux (de Nono, 88 ans) …
« Oh Tchelba tu connais pas ! »
Il me raconte
que passant quelques semaines en famille avec sa fille, ses enfants et ses
petits enfants (dans une atmosphère où le mistral qui soufflait vraiment très fort)
il en était venu à parler de « tchelba ». Et toute ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants de lui demander ce que c’était. Lui ne connait
évidemment que le mot algérois ; alors sa fille proposa de faire appel à
« ‘ami google ». Et le mot en français fut trouvé en cherchant avec
le mot algérois : tchelba…
Nom français est la saupe. Nom scientifique : Sarpa selpa…
Et alors ?
Et alors,
poursuit Nordine racontant ses souvenirs de vieux casbadji de la rue Randon,
quand tu allais acheter du poisson on te la donnait (la tchelba)
gratuitement, en plus, parce que personne ne l’achetait et ne voulait
l’acheter.
Rire de
Nordine : les marchands de poissons la vendaient aux pieds noirs en la
faisant passer comme de la dorade grise…
Ne comprenant
toujours pas bien ce tour de passe-passe, il m’explique.
Ce poisson ne
se pèche pas. C’est un poisson des fonds qui ne mange que de l‘ herbe (el
hchîch) qu’il passe son temps à brouter. Ces herbes sont toxiques. Et la
plupart de ceux qui en mangent, finissent par avoir des hallucinations !
Il n’y avait que ma mère, allah yerhamha, qui savait bien préparer la
tchelba avec des oignons en lui enlevant ses effets toxiques. Elle me
demandait toujours de lui en ramener… Voilà !
La mère de Nordine El Hachemi peinte par Liliane El Hachemi,
épouse de Nordine…
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« Un peintre allemand expressionniste »
Et comme je lui
posais la question : qu’est-ce qu’il faisait aujourd’hui même, s’il était par
exemple sorti marcher un peu… Il me dit que non, qu’il avait passé la journée à
téléphoner à Alger à la famille et surtout à lire. Et qu’est-ce
que tu lis en ce moment ? Un livre d’art
sur un peintre et un graveur allemand. En fait je le relis, parce que je
l’avais déjà lu il y a longtemps. Je l’ai retrouvé dans ma bibliothèque. Je lui demande
le nom du peintre… Oh mémoire ! Mémoire… Il me dit
d’attendre quelques secondes qu’il aille à la cuisine, parce que c’est dans la
cuisine qu’il lit et qu’il a donc laissé le livre… Je l’entends
traverser péniblement les quelques mètres de l’appartement avec quelques
quintes de toux… (Nono a 88 ans…) Voilà me
dit-il: il a un nom composé, Karl Schmidt- Rotlouff. |
Autoportrait de l’artiste datant de 1910…
Je lui demande,
lui qui a passé sa vie active à monter des pièces de théâtre (au TNA) et à
réaliser des téléfilms et des documentaires (à la RTA), ce qui l’intéresse dans l’œuvre de ce peintre du
20- eme siècle (1884-1976) ?
Les chats, 1913
Il me répond,
comme à son habitude, en très peu de mots : sa manière de peindre….
Après un moment
de silence, il ajoute : aussi bien sûr, le texte qui est écrit sur lui…
Puis après un
autre silence, il ajoute : je suis surtout intéressé par les passages
concernant la forme et la couleur…
Sea snails- 1953
Les deux femmes- 1914
Autoportrait au cigare- 1919
Avec ce
portrait peint comme au couteau et qui rappelle les masques africains, je me
rappelle alors que Nordine El Hachemi a toujours été un grand fumeur de
cigarettes et qu’il l’est resté.
Ça fait 60 ans
que je fume !
Ça veut dire en
fait qu’il a commencé à fumer bien après l’indépendance, peut être bien après
avoir monté en 1970 « La poudre d’intelligence » de Kateb Yacine à
Constantine…
En tout cas
Nono Aidek bessaha ouel hna. Tous mes vœux de bonne santé et de bonne
humeur.
A la prochaine.
Abderrahmane
Djelfaoui
Alger, 28
mai 2026
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