mercredi 19 février 2025

Quand l’enfant Ahmed Haroun dessinait des oiseaux et des maquisards.

 




Quand l’enfant Ahmed Haroun dessinait des oiseaux et des maquisards.

 


Pour cette nouvelle séance de travail nous avons convenu Ahmed Haroun et moi-même de discuter « Coffee » de Douéra sur sa première bande dessinée réalisée après l’indépendance sur la guerre de libération nationale. C’était « Le baptême du maquis », il y a 63 ans dans les colonnes du journal « Le Peuple » alors que Haroun n’avait que 20 ans…



Un des dessins de la série « Le baptême du maquis », 1962


Comme à son habitude, Ahmed Haroun est ponctuel. Assis à une table au fond de la salle et habillé d’un look jeune, il a attendu mon arrivée avant de commander nos consommations, une verveine et un café noir. 

Notre seconde rencontre au « Coffee »

Haroun me dit que n’ayant pas toute la documentation nécessaire sous la main, il me propose de me parler aujourd’hui d’une autre bande dessinée sur la révolution datée de 1968 qui se trouve dans le numéro 3 de la célèbre revue MQUIDECH éditée par la SNED…


« DE NOS MONTAGNES »…




Il me présente cette revue qui est une vraie relique tant le blanc a jauni et que de nombreuses fissures lacèrent les pages… Je tourne les pages avec précaution et je les photographie une à une… De sa voix douce aux mots précis, il m’informe que cette bande lui rappelle bien des souvenirs. Pas seulement ceux de la grande aventure MQUIDECH, mais aussi et surtout de son enfance durant la guerre de libération dans son village de Tadert Bouada, à 3 kilomètres de Larba Nath Iraten ex Fort National…

Voyant monter l’émotion et les images d’antan qui irradient le fond de ses yeux clairs, je l’invite à parler d’abord de ces souvenirs d’enfance…

 

« J’ai fait en 1969 un grand tableau de peinture de mon village qui ressemble à peu près à ce qu’il était dans les années 50…  Je t’enverrais la photo après. Mais pour le dessin, je dessinais déjà quand j’étais à l’école avant même le début de la révolution.

« En première année de cette école qui se trouvait sur un chemin qui monte à un kilomètre du village, on avait un enseignant dessinateur qui en même temps qu’il nous apprenait A, B, C, D, faisait le portrait de tous les enfants de la classe qu’il accrochait aux murs. Je reconnaissais chacun de mes camarades et je me disais : comment il peut y avoir une telle ressemblance ? C’est à partir de là que m’est venue l’inspiration de dessiner et que j’ai aimé le dessin… »




« Dehors je dessinais des animaux ou des paysages ; des arbres.

« Des étourneaux venaient durant les trois mois d’hiver alors je dessinais ces oiseaux sur une branche ou en vol ; enfants nous fabriquions des pièges dans les champs d’oliviers pour attraper ces oiseaux. Je dessinais des grives… Mais aussi des poules, des coqs, des chats, des moutons…"



Vignette extraite d’une bande dessinée inachevée sur Amirouche.


« Les villageois me connaissais et je dessinais les femmes qui revenaient de la fontaine avec leurs jarres à l’épaule ou dans le dos. A cette époque il n’y avait pas de robinet dans les maisons !

 

DECOUVERTE DES BANDES DESSINÉES A DOUÉRA


« Plus tard, à partir de 1953, je partais de mon village de montagne jusqu’à Douéra pour y passer quelques jours ou semaines de vacances ; là j’ai découvert la bande dessinée !

A Larbaa Nath Irathen il n’y avait pas de librairie ; les journaux se vendaient chez un épicier…

« A Douéra Il y avait un libraire sur l’avenue centrale qui fixait toutes les unes des différents titres avec des punaises sur un panneau qu’il mettait sur le trottoir. C’est comme ça que j’ai découvert « Zorro », « Tarzan » et beaucoup d’autres héros. Mes copains de Douéra me prêtaient aussi des bandes dessinées. Aussi quand j’avais entre les mains une bande telle que « Rodéo », « Pecos Bill » ou « Prairie », je reproduisais les dessins qui me plaisaient… »



LE TABLEAU NOIR DE L’ECOLE CORANIQUE DU VILLAGE.

 

Cette évocation du dessin qu’il pratique enfant en Kabylie m’intéresse tant que je le relance et lui demande s’il n’a pas d’autres souvenirs…

Il me regarde et sourit… C’est un sourire qui exprime sa reconnaissance pour la bénédiction de l’enfance, sa naïveté et l’air pur de la montagne d’alors… Malgré son âge vénérable, je sens que des images vives et frémissantes d’un temps béni, lointain, l’habitent encore… Oui, me dit-il. Et c’est une belle séquence d’images qui lui revient…

 

« Entre sept et neuf ans j’allais aux cours d’arabe et du Coran dans la mosquée en haut du village. C’est là où j’ai appris trois versets du Coran… J’y suis resté jusqu’en 1956… Nous avions chacun notre louha (notre planche) sur laquelle on écrivait avec de l’encre faite à partir de laine brûlée, es-smagh !  Comme dans toutes les écoles coraniques on disposait de sansal, une l’argile pour effacer les écritures …. Mais il y avait aussi dans cet espace de la mosquée un tableau noir, comme à l’école communale. Un jour le cheikh m’a demandé de dessiner une mosquée à la craie sur ce tableau. Je l’ai dessiné et après cela mes camarades ont recopié le dessin sur leur planche. Nous étions une trentaine d’élèves de six à quatorze ans… »

 



ET VIENT LA VAGUE DE LA RÉVOLUTION !

 

« Quand la révolution a éclaté, j’entendais parler des accrochages et des embuscades dans la région que faisaient nos maquisards contre l’armée française. J’avais treize-quatorze ans, j’imaginais et je dessinais ces embuscades ; ces visions que j’avais des moudjahidine qui attaquaient les camions des soldats français je les reportais en dessins…

« Je voyais aussi les moudjahidines quand ils rentraient discrètement au village où quand ils sortaient le soir. Je savais comment ils étaient habillés, kachabiya ou burnous ; des pataugas… On les attendait parce qu’ils venaient généralement à l’heure du maghreb. On admirait leurs armes. Ils portaient des fusils de chasse, des Mat, des mousquetons et de temps en temps un 24 fusil mitrailleur… Eux-mêmes on les admirait en tant qu’hommes ! Ils venaient par groupe de six, parfois une douzaine… Ils étaient jeunes ; ils avaient pour la plupart la vingtaine… Après avoir fait ces dessins de tête je les cachais à cause des ratissages que faisais les soldats français. Comme ils fouillaient les maisons, j’avais peur qu’ils les trouvent, alors je les cachais en les enroulant dans les trous d’une brique… C’étaient des dessins de petit format que je faisais avec un crayon noir et quelques couleurs… »

 

Ces petits dessins ont malheureusement disparus dans la tourmente depuis longtemps…

 

« JE SUIS CONVOQUÉ PAR LES MOUDJAHIDINE »…

 


« Un jour, je ne sais comment, un moudjahid a trouvé un de mes dessins et l’a donné à son aspirant, Mokrane, allah yerhmou, qui était le chef du groupe. Cet aspirant a demandé au responsable de liaison du village de me faire venir…On savait que je dessinais et cette convocation me fis peur. J’étais aux champs quand ce chef de liaison, responsable aussi du guet, etc, m’appelé. Comme il criait souvent après les enfants du village, je me dis que j’avais peut-être fait une bêtise. Je tremblais…

« Il m’a emmené avec lui et fait rentrer dans une maison où il y avait des moudjahidine. Je ne savais même pas qu’ils étaient là. Ils étaient assis, certains faisaient la sieste. Il m’a présenté à l’aspirant Mokrane. Il est mort trois mois après, allah yerhmou… Il m’a demandé si c’était moi qui avais fait ce dessin. J’ai dit oui…Il m’a dit : c’est formidable. Et il m’a dit on va t’envoyer à Tunis pour étudier… Je n’ai rien dit ; parce que partir comme ça en Tunisie et laisser ma mère toute seule…

Il m’a encouragé, mais moi je ne regardais que leurs fusils. Je les admirais… ça m’a fait énormément plaisir de les avoir rencontrés, parce que les moudjahidine je ne les voyais que passer, mais ce jour, je suis resté avec eux et j’ai eu une discussion avec leur chef… Quand j’ai su qu’il était mort au combat, à peine à trois kilomètres de là, j’ai pleuré… »


Avec les moudjahidine…





Abderrahmane Djelfaoui

Douéra, le 19 février 2025

PS: Je tiens à remercier amicalement Ahmed Haroun pour l'amabilité qu'il a eu de faire aujourd'hui de mémoire un certain nombre de dessins pour cet article.



dimanche 2 février 2025

Et je rencontre Haroun, le célèbre dessinateur, dans un café à Douéra…

 




Et je rencontre Haroun, 

le célèbre dessinateur, dans un café à Douéra…



C’est un vieil homme de bonne taille avec un bonnet de laine sur la tête.  A la seconde où je lui serre la main, ce que je remarque surtout ce sont ses yeux curieux et amusés, comme si son enfance lointaine de la montagne des neiges et des oliviers n’a jamais quitté l’imaginaire qui lui a inspiré des milliers de dessin de presse et autres depuis près de 80 ans… 




A son visage qui donne l’impression d’avoir été découpé dans la crête d’une montagne, je me dis : n’est-il pas né à Larbaa Nath Iraten, l’ex Fort National au temps de la deuxième guerre mondiale ?...

En vérité son visage est celui d’un honnête homme qui dégage une aura de bienveillance et de gentillesse. Il parle avec douceur et, même si parfois la mémoire n’est pas immédiatement au rendez-vous, il s’exprime avec des mots clairs qui vous invitent à partager les moments simples et difficiles de sa longue vie créatrice et humble. Et ce n’est pas au hasard que j’emploie le mot humble. N’a-t-il pas adapté en bande dessinée « Le fils du pauvre » de Mouloud Feraoun en 1973 ?...

Une bande dessinée qui est parue dans le journal Echaab, chaque jour pendant un mois et demi avec lecture des images de droite à gauche puisque c’était un journal en arabe…




En fait pour moi, en cet hiver pluvieux et neigeux de 2025, Ahmed Haroun dans ce café est l’être qui du mouvement de ses yeux m’indique que dehors la pluie s’est arrêtée de tomber pour laisser monter un arc-en-ciel qui colore lentement le ventre des nuages…

Je suis d’ailleurs reconnaissant de partager avec lui une petite table carrée , comme on est toujours reconnaissant à un vieil ami de quartier ou un de ces « anciens » camarades de classe retrouvés avec qui nous nous asseyons partager un petit quart d’heure de discussion qui peut durer plus d’une heure avec des dizaines d’idées et des centaines d’images et d’émotions !

Quand je lui dis que je passe sur ce boulevard depuis trois ans et que je n’avais pas remarqué ce petit café, il me répond avec le sourire que sa famille ne l’a en fait ouvert que depuis trois mois, et que lui  est installé ici à Douéra depuis l’âge de 17 ans en 1957 !

A cet âge il revenait de Larba Nath Irathen où la guerre de libération faisait rage, avec tous les jours des morts… « En arrivant ici à Douéra au magasin paternel qui était tenu par un gérant, ‘Ami Hmed, je lui ai dit étonné : il n’y a pas de guerre ici, hein ? Il y a de la musique et tout semble tranquille » …



Amirouche (1980), une bande dessinée inachevée qui « tentait de raconter la vie d’un héros mythique de la révolution dont les exploits avaient bercé l’enfance d’Ahmed Haroun »

 

Après un court moment de silence, il est interpellé par un retour de mémoire ; il reprend son récit presque à la limite du murmure pour me conter ce moment d’adolescence où sa carrière de dessinateur a été réellement mise sur rails.

 

« En 1959, dit-il, je suivais le Tour de France cycliste. J’avais moi-même un vélo de course et je faisais du cyclisme avec mon ami intime le futur champion Ahmed Djellil. Nous avions acheté ensemble nos vélos (qui étaient des vélos d’occasion, parce qu’on n’avait pas les moyens d’en acheter des neufs) et nous nous étions inscrits pour notre licence chez Distempa de Birmandrais. Nous nous entrainions sur des parcours de Douéra à Médéa et retour, ou Douéra-Tizi Ouzou et retour deux fois par semaine…Il y avait aussi Saddouki, Hamza Madjid et surtout Ali Sayeh qui en tant que sprinter gagnait de vitesse tous les européens ! »




Après l’indépendance, entre 1963 et 1965, Ahmed Djellil a participé plusieurs fois à La   Course de la Paix qui se déroulait dans les pays de l’Est : Tchécoslovaquie, RDA, Pologne ». 

« A cette époque tout le monde se déplaçait en bicyclette à Douéra et dans la Mitidja, il n’y avait presque pas de voitures. C’était donc normal, aussi mon père ne m’a dit ni oui ni non pour la course cycliste…

Et cette année 59, poursuit Ahmed Haroun, il y a eu un espagnol, Bahamontès, maillot jaune qui pour la première fois a remporté le Tour de France. C’était un grimpeur ! Et il n’était pas le seul ; il y avait autour de lui des cracks comme Louison Bobet et d’autres… A partir d’un numéro du journal que j’avais entre les mains, j’ai dessiné son portrait. »



Je me doute bien que depuis plus de 60 ans il n’a pas dû garder ce portrait… Et il m’explique pourquoi il ne l’a pas gardé.

« Je l’ai dessiné en couleurs avec son maillot jaune. Il y avait un copain du village qui est venu me voir, Henri Thomas dont les parents avaient une charcuterie à Douéra. Et je lui ai vendu ce portrait pour un franc à l’époque ! Portrait qu’il a montré à sa mère ; et celle-ci à demander après moi. J’ai été voir madame Thomas qui était une voisine et elle m’a dit : mais mon fils pourquoi tu ne vas pas aux Beaux-Arts ? …  Je lui ai répondu que je ne connaissais pas… Elle m’a dit : ne t’en fais pas… Quelques jours elle m’avait ramené l’adresse de l’Ecole des Beaux-arts au parc de Galland. Quelques jours encore après j’ai pris le bus et j’y suis allé sans informer mon père ; j’avais 17-18 ans… La suite de mon entrée à l’Ecole des beaux-arts et des études que j’ai suivi, je l’ai raconté dans mon livre : « La bonne destinée » paru en 2010 chez Dalimen » …


En évoquant la maison d’édition DALIMEN, Haroun me rappelle à la fois la parution du livre d’art que j’avais réalisé en collaboration avec Mustapha Nedjai (en 2007)  « Nedjai à Nedjai, une odyssée » et surtout le comité de préparation, en 2008, du 1er Festival de la bande dessinée, le FIBDA, dans lequel j'avais fait, entre autres, cette photo qui regroupait autour de la table des programmations du Festival : l'écrivain Rachid Boudjedra, le peintre Arezki Larbi (1955-2024), le caricaturiste Le Hic et le bédéiste et auteur de films d'animation : Mohamed Aram (1933-Fevrier 2020)



De gauche à droite : Mohamed Aram, Le Hic (en casquette),

Arezki Larbi assis et Rachid Boudjedra debout


Je lève les yeux pour prendre le temps de regarder les quelques images des caricatures de Haroun qui sont accrochées en enfilade sur les murs du café, au-dessus de la tête des consommateurs qui discutent en sirotant leur café..






 







Avant de nous quitter, Ahmed Haroun me promet de me ramener demain la reproduction d’une toile de peinture qui lui valu le 1er Prix en 1974, pour le 20 eme anniversaire de la révolution. Une autre discussion donc en prévision, dans ce même café, sur une autre corde à l’arc créatif de Haroun ; la corde de la peinture à l’huile sur toile ; peinture réaliste, lui qui fut, soit dit en passant, membre de l’Union Nationale des Peintres Algériens, UNAP…

 

 

 

Abderrahmane Djelfaouui

Douéra, le 2 février 2025

mercredi 15 janvier 2025

Bab El Oued n'a pas été emporté par les eaux!

 

Bab el Oued 

celle des 3 horloges qui tournent toujours…

 

En publiant récemment (2025) une photo de moi à Bab El Oued, je me suis souvenu d’une interview sur mon livre « Bab El Oued, ville ouverte » que m’avait fait l’ami cinéaste et photographe El Hadi Hamdikène dans le quotidien Le Jeune Indépendant, vers 2004…



2025



BAB EL OUED MÂ ED-DEHECH EL OUED !

(BAB EL OUED N’A PAS ETE EMPORTE PAR L’OUED!)

 

Une Interview de Abderrahmane Djelfaoui

Par El Hadi Hamdikène

Pour Le Jeune Indépendant



« Bab El Oued ville ouverte (1999)

La photo de couverture est signée Hocine Zaourar

 

Votre livre « Bab El Oued ville ouverte » n’était-il pas au début un ensemble de simples notes destinées à faire un film ?

En 1998/99, dans Alger qui sortait à peine du calvaire terroriste, ma préoccupation de cinéaste documentariste était de donner à des gens anonymes, des gens simples, la possibilité de témoigner. Certains exprimaient courageusement ce besoin de dire, notamment des femmes. C’est ainsi qu’il y a eu, grâce à l’entremise de l’association « SOS culture Bab El Oued » une entente avec des dizaines d’individus et de familles de Bab El Oued pour préparer un documentaire de long métrage sur la vie du quartier le plus populeux d’Alger. Nous avons enquêté pendant des mois, jours et nuits. Malheureusement, les promesses de financement du film faites à l’association n’ont pas été tenues au moment du tournage. Dans cette situation où le film était mort-né, j’ai alors pensé à utiliser mes notes pour rédiger un livre. L’aventure de faire un livre, mon premier livre, a commencé comme ça.

Le titre est un peu un clin d’œil à Roberto Rossellini et à son mythique « Rome ville ouverte » ?



Oui. Un beau film humain que ce film en noir et blanc qu’interprétait Anna Magnani. Un film qui exprimait la volonté de la majorité des Italiens de renouer avec la vie après les affres de la seconde guerre mondiale…

« Bab El Oued ville ouverte » est une sorte de voyage dans les entrailles de votre quartier d’enfance ; comment avez-vous vécu ce travail d’enquête ?

 

Bab El Oued n’est pas le quartier de mon enfance. C’étaient Belcourt et Fontaine Fraîche qui ont été mes quartiers d’enfance. Mais l’éditeur parisien qui avait accepté de tirer le livre avait cru, enthousiasmé par ce récit de vie, que j’étais « un enfant de Bab El Oued ». Et il a mis ça en quatrième de couverture avant que je ne m’en aperçoive.

Cela dit, les gens à Bab El Oued ont été si extraordinaires et généreux que je me suis senti tout de suite chez moi dans ce vieux quartier. Le travail avec eux m’a moi-même aidé à faire le deuil d’une période épouvantable. Quand la vie se complique ce sont souvent les gens simples qui peuvent vous aider.

Dans ce livre vous décrivez avec force détails les atmosphères, les rencontres, la vie de ce quartier où « les jeunes n’ont que la mer devant eux et le béton derrière » …Il y a aussi des passages émouvants sur des personnages hors du commun comme le photographe de presse Boukerche, l’ex pickpocket Guilara, le pêcheur Milano. Qu’en dites-vous ?

Ce que je peux dire, c’est qu’un gars du milieu comme Guilara m’a fortement soutenu pour faire ce livre. Il est malheureusement décédé très peu de temps avant qu’on puisse lui offrir un des premiers exemplaires du bouquin qui arrivait de l’autre côté de la Méditerranée. Milano, lui, était une légende vivante dans le port d’Alger alors qu’il n’avait qu’une vulgaire baraque pour vivre sur le quai Est de la pêcherie. Il était une mine d’informations sur toutes les questions sensibles du port et nombre de ses transactions.  Il en parlait avec un humour viril de casbadji tout en se demandant à haute voix sur ce qui avait pu le pousser à revenir d’Italie où il était pépère ; revenir ici pour ne même pas pouvoir offrir un minuscule appartement aux membres de sa famille…

Le film que vous vouliez réaliser s’intitule « Hard El Houma Hard » (Dur le quartier, dur !). Pourquoi ce titre ?

D’un autre côté, dans le texte de présentation du livre, il y a ces mots étranges de jeunes de Bab El Oued qui disent : « Les enfants de Bab El Oued ne sont pas des cannibales ! Bab El Oued ce n’est pas Kaboul ! ».


Extrait du livre au chapitre « Mardi 20 octobre 98 » / « 21 heures passées » …


Pourquoi Hard? Mais allez donc faire un tour de fond dans ce type de quartier, où des quartiers populaires comme La Glacière, et vous comprendrez que ce terme est encore faible par rapport à la réalité…

Pour le reste je n’avais pas du tout trouvé étrange à cette époque que des jeunes, sachant bien quel film on voulait faire, m’aient demandé de transmettre partout dans le monde que « les enfants de Bab El Oued ne sont pas des cannibales, parssk Bab El Oued c’est pas Kaboul ». Et qui pense encore à Kaboul de nos jours ?..

Vous êtes réalisateur formé à l’école du cinéma de Prague ; quel genre de films avez-vous réalisé à l’époque où vous étiez à la télévision nationale.

Oui j’ai fait l’école de Prague, en Tchécoslovaquie, aujourd’hui la Tchéquie. En revenant de ces grandes écoles nous croyions alors naïvement que nous allions édifier un cinéma national et une culture qui aident à vivre et qui libèrent. Beaucoup de ces « artistes croyants » ne sont malheureusement plus de ce monde. D’autres sont ailleurs. Et beaucoup préfèrent se taire par pudeur ou par dépit. Les deux d’ailleurs vont parfois ensemble. Ne jamais oublier comme disent les gens qui n’ont pour moyen de locomotion que leurs jambes qu’El Djazaïr c’est blad el mou’djizât ! Comme le « code de la route » et comme « l’école », « la télé » aurait pu jouer un grand rôle dans notre vie en contribuant à faire émerger des citoyens normaux et responsables, des citoyens du XXI ème siècle ; des citoyens du monde. Cela dit, est-ce qu’on peut dans ce pays qui est le nôtre aller plus vite que le moteur qui tousse dans notre tête ? Voilà peut être un bon thème d’enquête pour des dizaines de journalistes tous les jours pendant dix ans !

Vous étiez dans les années 70 animateur à la Cinémathèque algérienne. J’imagine que cette période a été très riche pour vous en contacts humains et en découvertes cinématographiques. Quels en ont été les moments forts ?

Dans le bureau de la salle de l’avenue Larbi Ben M’hidi ; assis au premier plan : Ahmed Hocine (Directeur du Centre Algérien de la Cinématographie) et Henri Langlois (Directeur de la Cinémathèque française). Du coté de Ahmed Hocine, Mustapha Abdoun (Directeur de la DPFM-ONCIC). A l’arrière, devant le téléphone : Boudjemaa Karèche et, derrière lui Abderrahmane Djelfaoui. A l’extrême droite : Fatiha Bisker, journaliste et peintre.

A l’époque, nous avions participé à créer ces évènements, dont un très grand nombre étaient internationaux, de façon tout à fait simple, quotidienne. Nous ne sentions pas que c’étaient des « évènements ». Nous étions simplement dans l’air du temps, comme on dit. Nous aimions ce que nous faisions, nous le faisions avec l’ardeur de la jeunesse. Aujourd’hui, cette époque cinémathèque reste un grand moment d’échanges allant de l’Amérique latine à la Palestine, de Sembène Ousmane à Volker Schlondorff, de « Tahya ya didou » de Mohamed Zinet à Henri Langlois, Créateur de la Cinémathèque française qui présentait chaque jour à 13 heures, vingt jours durant, les films burlesques américains des années 20 aux habitués de la rue Larbi Ben M’Hidi. Des centaines de noms de personnalités qu’on ne peut toutes citer, sont venues là, débattre, parler, écouter, échanger des impressions et des passions.

Un moment parmi d’autres a été la venue de Werner Herzog pour présenter son film « Les nains aussi commencent petits ». Il préparait son prochain film qui allait le rendre célèbre : « Aguire, la colère des dieux ». Eh bien, il ne voulait pas moins comme acteur principal pour ce futur film que la participation du regretté… Houari Boumedienne ! Nous avons eu du mal, à l’époque, de dissuader Werner Herzog quant à ce choix insensé. Il a finalement tourné le film avec Klaus Kinski…

Klaus Kinski sur l’affiche du film


La Cinémathèque était vraiment un lieu unique où se rencontraient, sans façon, des gens du peuple, des médecins, des journalistes, des écrivains, des étudiants, de petits fonctionnaires, des cinéastes, des touristes de passage, des « fous » d’Alger, des ambassadeurs, des marins et que sais-je encore ? Tout cela, chaque jour, chaque soir, dans une atmosphère électrique et fraternelle, solidaire. C’était une cinémathèque hors normes, une cinémathèque de gauche…

N’oublions d’ailleurs pas que la Cinémathèque c’était aussi tout un réseau, dense, de ciné clubs, à travers tout le territoire national, alimenté par les propres archives de cette institution qui n’avait vraiment pas beaucoup de moyens financiers, et qui n’en n’a jamais beaucoup eu. Il y eu malgré toute l’incompréhension de certains ministres de la culture de l’époque des cinés clubs de villages, des ciné clubs de petites villes, des ciné clubs d’universités, de lycées, etc. Je crois qu’il faudrait écrire tout un livre, plusieurs livres même sur cette période débordante et sympa où l’activité culturelle avait un sens et de vrais espoirs. Tout n’était pas rose, mais tout n’était pas triste. Il y avait bien entendu des contraintes et des peurs, pour ne pas dire plus, mais il y avait aussi tout de même dans l’air quelque chose qui ressemblait à un projet de société.

 

El Hadi Hamdikène



El Hadi Hamdikène que je photographiais à Annaba en 2017

 

Bibliographie de Abderrahmane Djelfaoui

-          « Claps de douleur », in revue Empreintes, dirigée par la poétesse Zaynab Lâwadj [1997].

-          « Bab El Oued ville ouverte » Editions Paris Méditerranée, [1999].

-          « Maqamât de Jean-Paul Grangaud», récit de vie du professeur JP Grangaud, pédiatre algérien d’origine pied noir. Editions Casbah, Alger. [2000].

-          Participation à l’ouvrage collectif « L’Algérie : histoire, société et culture », sous la coordination de l’historien Hassan Rémaoun. Editions Casbah, Alger [septembre 2000].

-          Collaborateur à tous les numéros de La Revue des ARCHERS depuis sa parution en 2001, Marseille

-          Contribution au numéro 1 hors-série de Autre Sud intitulé « Poésie d’aujourd’hui. Des îles Canaries à la Méditerranée », en compagnie de douze poètes de langue espagnole et douze de langue française. Même livraison en espagnol par Cadernos ATENEO de la Laguna, n° 12 [mai 2002].

-          « Algeri separazione (Alger séparation) », recueil bilingue de poèmes traduits du français en italien par Bruno Rombi. Editions Libroitaliano World, Ragusa. Italie. [Octobre 2002]

-           « Après sinistre déluge », recueil bilingue de poésie, traduit du français à l’arabe (ma ba’dâ ettoufâne) par Inam Bioud. Casbah éditions. Alger [Novembre 2002]

-          Créateur et rédacteur en chef de la revue 12 x 2 Poésie contemporaine de deux rives, éditée par la Fondation Mahfoud Boucebci, Alger. [Mars 2003]

-          Postface à « Algérie outre mémoire » de Mohand Abouda, éd. Rubicube, Alger [2004]

 

Filmographie récente :

-          Réalisation d’un très court métrage « Aidons les, ils seront heureux » sur deux associations algériennes (de Blida et Hadjout) travaillant au profit des adolescents marginalisés et des enfants abandonnés. ONG Terre des hommes,  [février 2000]

-          « Rendez la mer aux enfants sahraouis », documentaire sur le camp Sahraoui de Dakhla au sud de Tindouf produit par l’ONG enfants réfugiés du monde [2002]

 


mercredi 25 décembre 2024

Décembre 1884- Décembre 2024 : Il y a 140 ans naissait Omar Racim…

 

Décembre 1884- Décembre 2024 : 

Il y a 140 ans naissait Omar Racim…



Image de la page de couverture du catalogue « Omar Racim 1884-1959 », en date de février 2009, dû à « Makhbar el-hadhâri, li-jami’at el-jazaïr » …

 

Abdelkader Boumoula, calligraphe, ayant fait des études à l'Ecole supérieure des beaux-arts d'Alger qu'il a ensuite poursuivi au Caire, m’a invité à passer à son atelier au Bois des arcades, à Alger…

Même s’il fait très frais et gris dehors, le courant passe vite. Nous plongeons à la seconde même dans l’univers des frères Mohamed et Omar Racim dont la vie et les travaux le passionne depuis des décennies.

En fait, après m’avoir donné de plein fouet l’information qu’une miniature de Mohamed Racim venait  de se vendre il y a à peine une semaine en France à quelques 27 300 euros [Que dire de plus ? Que dire de sensé ?..] Abdelkader, sortant au fur et à mesure, livres, catalogues et documents de sa riche bibliothèque murale, engage l’essentiel de l’entretien sur Omar Racim, son itinéraire et son œuvre.

Les gens qui ont de grandes bibliothèques m’ont toujours respectueusement impressionné, non pas parce qu’ils seraient plus intelligents que les autres, mais certainement plus patients dans l’étude, dans l’étendue de leurs recherches ; plus attentifs également aux leçons humaines sur la longue durée. Une bibliothèque qui nous aura permis d’évoquer au passage autant un Hamid Tahri (son livre biographique sur Sid Ahmed Serri), que la fameuse revue allemande de qualité «Fikrun wa fen », des revues égyptiennes, celles de l’UNESCO, etc, etc…   


Abdelkader Boumala dans son atelier

 

UN HOMMME D’UN AUTRE SIECLE ?

« Son nom complet, selon les traditions musulmanes qui soulignent la filiation, était Omar Ben Ali ben Saïd ben Mohamed Racim el Bijaï » ; puis mon hôte ajoute qu’il arrivait à Omar Racim de signer certains de ses textes du patronyme de Es-Sanhadji… Malgré son ton calme, mesuré, Abdelkader Boumala déroule d’innombrables informations en un récit captivant et, soyons francs, qui m'interpelle de façon critique sur ma méconnaissance du sujet, certains de ses hauts faits comme certaines zones d’ombre. C’est que ce calligraphe est aussi un excellent pédagogue.

Omar Racim nait il y a donc plus d’un siècle et demi, le 23 décembre 1884, dans la maison paternelle située au haut de la Casbah, rue qui porte aujourd’hui le nom des frères Racim. La famille est nombreuse, elle se compose de cinq filles et de deux garçons : lui-même, Omar, puis Mohamed. 

Abdelkader Boumala souligne que tous les documents et témoignages en sa possession certifient l’éveil remarquable précoce de l’enfant puis de l’adolescent à assimiler le Coran, les savoirs et savoir-faire de son environnement dans la Casbah du 19 -ème siècle finissant, alors que l’Algérie colonisée, son peuple surtout, se trouvait ravalé à un état de sous-humanité…

 Ces dispositions engageront Omar Racim de façon active avant la 1ere Guerre mondiale dans le réformisme musulman dont l’icône est alors Mohamed Abdou qui est d’ailleurs venu faire une visite à Alger et que le jeuner Omar, à peine âgé de 19 ans, rencontrera en présence du Cheikh Abdelhalim Bensmaïa... Omar Racim fera d'ailleurs lui-même, à l'âge de 25 ans, en 1909, son premier voyage au Caire où il sera profondément impressionné par le développement général de la culture et particulièrement de la presse écrite, situation à l'opposé tragique de ce qui se passe dans son pays...

Pour l'heure il commence d’abord sa vie active comme ouvrier d’imprimerie, très tôt, s’occupe d’une association théâtrale, fait du journalisme, puis tente de créer une revue du nom de « El Dzazair », assure la rédaction et la calligraphie d’un journal oranais (El Haq el Wahrani), avant de pouvoir créer son propre journal : « Dou el-Fakar» à Alger, rue Rovigo …


Exemplaire du Dimanche 14 juin 1914. 14 jours après la sortie de ce numéro, le prétexte de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche provoque le début des hostilités en Europe avant d’embraser prés d’une vingtaine de nations en Afrique, en Asie ; dans l’Océan Atlantique enfin. On l’appellera La Grande Guerre.


LES ALGERIENS AU CŒUR D’UN CONFLIT MONDIAL.

Nous savons aujourd’hui que dans cette guerre qui n’était pas la nôtre, près de 300 000 soldats nord africains y ont participés ; sur ce nombre plus de 28 000 y sont morts et enterrés ; près de 8000 autres sont portés disparus à jamais…

Et qu’en est-il du journal de Omar Racim ? L’administration coloniale ordonne la fermeture du journal le jour même de l’assassinat à Sarajevo. Un an plus tard, Omar Racim est arrêté.

Abdelkader Boumala dans un livre d’art collectif sur les Racim, écrivait au chapitre « Face aux tribunaux » :

« [des] sources affirment, qu’au début de la guerre, [Omar Racim] était en relation épistolaire avec des nationalistes militants égyptiens. Une de ces lettres aurait échouée entre les mains des services britanniques qui l’auraient transmise aux autorités coloniales en Algérie. Cette affaire était liée à l’arrestation des militants égyptiens Mohamed Talaat et Amine Arraf’i, éditorialistes politiques dans un certain nombre de journaux égyptiens de l’époque, comme « Ech-Chaab », publication dont Omar Racim était le correspondant algérien ». L’intellectuel et artiste devait être exilé définitivement au bagne en Guyane à plus de 6000 kms de l’Algérie…

« Omar Racim est emprisonné à Barberousse, dans la cellule d’isolement n° 40. Et c’est sa famille qui le pourvoyait en nourriture car l’administration coloniale n’avait pas prévu de budget pour les prisonniers destinés au bagne ». Une détention tragique qui durera 6 ans soit plus de 2000 jours et 2000 nuits...

 

L’OISEAU EMPRISONNE



Loupe en main, Abdelkader Boumala me détaille le magnifique tableau à l’enluminure végétale avec un oiseau en son centre. Daté de 1920 (Omar Racim ayant 36 ans), cette œuvre est réalisée en prison, en état d’isolement total par rapport au monde. L’oiseau, c’est évidemment le prisonnier lui-même…



Cette tragédie carcérale marquera à jamais Omar Racim qui, de plus, après sa libération se sent délaissé sinon honni par une partie des élites algériennes malhonnêtes et couardes, comme il y en a d’ailleurs toujours eu dans toutes les sociétés et à toutes les époques… Il se remet cependant au travail avec courage, abnégation et une grande créativité artistique qui le mènera à s’occuper aussi de musique andalouse… En 1931 il dessine la couverture de l’ouvrage « Kitab el Djazair » de Ahmed Tewfik El Madani (historien et homme politique algérien/ 1899-1983).

La discussion et les découvertes (mes découvertes) duraient depuis plus d’une heure et demie (ce que je ne fais que synthétiser très fort ici), quand arriva un autre calligraphe et peintre connu, un ami et ancien camarade d’études de Abdelkader Boumala : Boukéroui Tahar, qui, après l'Ecole supérieure des beaux-arts d'Alger, a poursuivi de longues années d'études quant à la calligraphie et la miniature aussi bien à Téhéran (Iran) qu' à Boston (USA). ..




Midi était passée de loin. Allions nous déjeuner tous les trois ensemble. Je ne pouvais pas et m'en excusais. Je devais faire mes courses domestiques puis repartir vers chez moi à plus de 30 kms de là… 

Je ne repartais toutefois pas les mains vides. Abdelkader Boumala me fit l’honneur de me prêter la copie de son magister soutenu avec mention « Excellent » en 2007 à l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger. Un ouvrage de recherche et de vulgarisation précieux, de plus de 300 pages, qui était « à deux doigts d’être édité » mais qui reste malheureusement dans son carton pour on ne sait combien de décennies encore…






Abderrahmane Djelfaoui

25 décembre 2024


mardi 10 décembre 2024

Mostefa-Mosta-Kouaci / Hommages croisés…

 


Mostefa-Mosta-Kouaci 

 Hommages croisés…




Lors de l’exposition des œuvres photographiques de Mohamed Kouaci d’octobre 2013 au Bastion 23 d’Alger, Madame Veuve Kouaci m’avait demandé s’il était possible d’en organiser une autre.

Je me proposais immédiatement de contacter l’ami Mostefa Abderrahmane à Mostaganem, ancien directeur de la maison de la culture et personnalité culturelle respectée et très active de la région.

La réponse fut positive. Une nouvelle exposition des œuvres en noir et blanc de Mohamed Kouaci fut programmée pour le milieu du mois de décembre en parallèle des Journées du Documentaire et du Film Court de Mostaganem…




Cette initiative permettait de croiser en un même lieu et au même moment de jeunes cinéastes, comédiens, animateurs venus de plusieurs régions du pays et une exposition de photographies historiques jusque-là inédite dans cette ville de grande tradition culturelle et artistique. 


Autour d’un thé, à la cafétéria de la maison de la culture Ould Abderrahmane Kaki, l’amitié rassemble de gauche à droite : l’architecte, peintre et photographe Sid Ahmed Zerhouni, Abderrahmane Djelfaoui, un jeune comédien, l’acteur Ahmed Bénaissa, le cinéaste Mostefa Abderrahmane, le comédien Hassen Kechach ainsi que le musicien et collaborateur inséparable de Mostefa Abderrahmane : Mohamed Ould Maamar…

 

Je me rends compte aujourd’hui que l’initiative de cette exposition photo croisait en fait surtout les itinéraires de deux grands photographes de deux grandes phases de l’histoire contemporaine de notre pays : Mohamed Kouaci (Blida 1922-Alger 1996) et Mostefa Abderrahmane (Mostaganem 1947-2024). Le premier qui était devenu le photographe du GPRA et de son journal El Moudjahed à Tunis ; le second, qui après des études de photographie à l’Ecole supérieure Louis Lumière de Paris allait devenir un documentariste et photographe de renom par ses recherches sur l’histoire des exactions coloniales sur les populations civiles d’Algérie.…



Mostefa Abderrahmane devant une célèbre photographie prise par Mohamed Kouaci durant la guerre de libération nationale où des femmes d’un douar avait arrêté un soldat de l’armée coloniale française…



Mostefa Abderrahmane me commentant, après l’accrochage des œuvres dans la grande salle d’exposition, les photographies de Fidel Castro et Che Guevara prises par Mohamed Kouaci près d’un demi-siècle plus tôt…





A cet accrochage d’œuvres historiques était également présent Djilali Boudjema, acteur et Directeur d’une troupe théâtrale créée à la création de l’Association El Moudja en 1978 (dont Mostefa Abderrahmane était vice-président) … Ce qui me rappelle la belle aventure de son petit théâtre de poche des années 90 nommé Bachali Allal bâti sur pilotis, les pieds dans l’eau à plusieurs mètres du rivage et une longue jetée en bois à la Salamandre, à Mostaganem Suite à cet espace de plein air où a vécu et est mort le comédien Sirat Boumedienne, Djilali Boudjema force à nouveau le destin et ouvre une Ecole primaire de théâtre à la Salamandre même pour tous les débutants et particulièrement pour les jeunes de la rue…





Photographie prise par Mostefa Abderrahmane devant un graffiti de mur photographié lui-même à l’indépendance par feu Mohamed Kouaci



 Deux instantanés de l’exposition lors de l’inauguration officielle ouverte par le wali…






Sid Ahmed Zerhouni devant une série de photographies prises par Mohamed Kouaci : le portrait de Frantz Fanon à Tunis (1925-1961) , Monseigneur Duval, archevêque d’Alger (1903-1996) et, juste derrière Zerhouni : le Président Ben Bella (1916-2012)…



Mostefa Abderrahmane, dans un salon de la maison de la culture Ould Abderrahmane Kaki, en compagnie d’un vénérable paysan de la région de Mostaganém qui me rappelle le visage de l’immortel chantre de la poésie populaire Cheikh Ain Tedless qui joua en 1988 le rôle de Sidi, personnage principal dans le long métrage de fiction « la Citadelle » de Mohamed Chouikh ...



Mostefa Abderrahmane répondant lors de cette manifestation aux questions d’une journaliste dans l’espace à ciel ouvert de la Maison de la culture Ould Abderrahmane Kaki sous une belle lumière d’hiver….



En marge de cette mémorable rencontre, Mostefa Abderrahmane convia madame veuve Kouaci et sa nièce à une visite des hauteurs de la ville de Mostaganem pour en apprécier la beauté et la richesse du panorama donnant autant sur la vielle ville que sur la baie marine…







Diplôme d’honneur au nom de Mohamed Kouaci remis à sa veuve Safia Kouaci


Photographie souvenir : Mohamed Ould Maamar, le cinéaste documentariste Hadj Fitas, madame veuve Safia Kouaci, Abderrahmane Djelfaoui et Mostefa Abderrahmane. 




Abderrahmane Djelfaoui. Alger. 10 décembre 2024