lundi 8 août 2016

Telle une ile dont la crête rocheuse fend le ciel…

Pour faire cette belle rencontre il a fallu forcer le hasard en sortant d’abord de la nationale 14 pour laisser carrément derrière soi le flux vorace des voitures, des camions, taxis collectifs et autres engins lourds et menaçants de transports dans les deux sens…

A partir de ce moment là, et comme dans un conte, s’est ouverte la porte sans porte d’un autre monde …

Telle une ile dont la crête rocheuse fend le ciel…


Bien observée, cette  photo peut paraitre aussi fantastique qu’une image d’antan émergée de siècles révolus… Pourtant, à vol  d’oiseau, je n’étais  qu’à une quinzaine de kilomètres de la ville de Tiaret, capitale des hautes plaines du Sersou, grande ville qui comme tant d’autres villes d’Algérie est en pleine expansion de nouvelles constructions de briques et béton…

Ici, j’ai pu constaté qu’à l’écart des nationales et des petites départementales subsistent encore de très longues pistes de terre battue ; des pistes fiables et larges même si silencieuses et vides en ces premières heures d’août ou, de loin en loin, on ne rencontre qu’un petit troupeau de moutons que mène un jeune berger solitaire, écrasé par le soleil…

Algérie, miracle d’une rencontre

Engagée sur la piste vers le piton rocheux,  la voiture a roulé de longues minutes en soulevant derrière elle une brume de poussière qui n’a duré qu’un instant avant de s’abattre au sol où elle disparu comme par enchantement entre caillasse et traces de pneus…

Pistes au ras des labours à peine commencés


J’avoue que si à ce moment là je n’y pensais pas du tout, longtemps après me sont revenus des souvenirs de livres ou de films anciens enfouis dans la mémoire, par bribes: ceux de la campagne sicilienne, par exemple, des plaines hongroises ou encore ces fameux paysages campagnards à l’américaine « perdus » à n’en plus finir…

Le mausolée de Sidi Rabah abu qobrin tel un nid d’aigle 


Après avoir escaladé plus de la moitié de la cote, je photographiais à travers la vitre passager une première qouba dont le territoire était cerclé de fil de fer. Isolée, elle était complètement fermée, comme mise en quarantaine ou en attente… Les herbes folles tout autour donnaient l’impression d’être plus brulées qu’ailleurs par le four solaire. Pas un pépiement d’oiseau. Seuls quelques jeunes pins vifs grimpent gaiement au ciel. Air pur…



Regardant loin devant moi je vois un  homme descendre lentement, très lentement à pied, le petit chemin, pavé me semble—il, entre le mausolée et le terre-plein où je dois arrêter la voiture. Il est habillé d’une ‘ abaya à traits verticaux dorés et blancs. Cheich blanc. Malgré l’ombre de ce chemin, l’homme rayonne. Quelque chose me dit qu’il devait certainement du sommet observer le lent cheminement de la voiture depuis le début de la piste. .. Descend-t-il m’accueillir ? Sérénité…



Poignée de main chaleureuse ; sourire et mots de bienvenue. Il veut m’inviter (c’est certainement le Mokaddem), avant même la visite, à prendre un café chez lui, dans la maison qui se trouve à quelques mètres de ma voiture, en face d’une citerne d’eau nez en l’air (est-elle pleine ? vide ?...) Je le remercie et dis que je voudrais d’abord monter jusqu’au mausolée, le visiter ; que pour cela, l’ayant aperçu de très loin alors que je roulais sur la nationale, j’ai fait le chemin vers cette halte. Détermination et contentement de ma part. L’homme vénérable n’insiste pas. Il me dit qu’il va m’accompagner et nous nous mettons à monter le chemin en escalier, cimenté ; moi posant quelques questions pour mieux connaitre le lieu de ce mausolée, son saint et son histoire…




Tout en haut du piton rocheux, il y a en fait trois qoubate. La première et plus grande est celle de Sidi Rabah abu qobrin. A l’extrême droite est la qouba de son épouse Hana Maymouna. Celle du milieu de Moulay Abdelkader dont mon hôte ne sait pas exactement s’il fut un disciple dévoué ou un visiteur de passage dont la vie avait finie là ?...
A la question de savoir à quel temps tout cela remonte, il sourit puis fait un geste de la main qui rame comme une aile : que de temps, que de temps…
Il me parle d’abord par bribes, lui qui a 83 ans, de ses propres souvenirs d’enfance. De son père et d’avant son père….
 « De tous temps on vient prier ici. Avant le colonialisme, c’était Sidi Ahmed Benyoucef de Miliana qui enseignait aux étudiants et aux disciples comme l’avait fait Sidi Rabah avant lui pour les élèves qui venaient des quatre points cardinaux de cette terre… »
Il se tait un moment, sondant de ses yeux l’ombre des temps puis répond : « Peut être cela fait-il quatre siècles ».
Peut être…
Quant au surnom du saint homme nommé abu qobrin (Sidi Rabah aux deux tombes), il regarde vers le nord, à l’infini des plaines céréalières qui s’étendent à plusieurs dizaines de mètres sous nos pieds, sous nos yeux et, le sourire généreux sous sa fine moustache, il explique : « C’est qu’il a un autre tombeau, à Thlatha Matmata, a à peu prés quarante kilomètres tout droit d’ici, là bas (il tend le bras et le doigt) où l’un de ses disciples avait voulu aussi l’enterrer… »
Il n’en dit pas plus.
Il a peut être tout dit. Les questions, toutes questions, peuvent elles vraiment éclairer le mystère de la voie ?..
L’essentiel n’est-il pas que le tombeau de Sidi Rabah soit bien ici, dans cette qouba qui nous fait face, impeccablement illuminée jour après jour, saisons après saisons par la rotation des astres et l’air pur?



Après avoir fait le tour du tombeau, je me suis assis par terre, jambes croisées, face à mon hôte et commencé à lui raconter quelques bribes de souvenirs d’enfance quand, avec ma grand-mère, nous allions en visite,  par trolleybus et à pied, d’un saint d’Alger à un autre, de sidi Abderrahmane et Sidi Mansour à Sidi Yahya, de sidi M’hamed à Notre dame d’Afrique, et avec des rubans étroits de couleur qu’elle portait avec elle pour la ziara ma grand mère d’en nouer toujours un à la plus haute branche possible d’un figuier dans l’espace du mausolée…


Puis, un souvenir en entrainant un autre, nous nous sommes mis je ne sais par quel tour d’images à parler café, torréfaction et café moulu à domicile, -oh juste le contenu d’une assiette, à l’ancienne-, avec cet indicible arome le matin… Je lui raconte que dans la vieille maison de mon grand père à Belcourt, aujourd’hui disparue,  l’air était chaque jour saturé de l’odeur du café à cause d’une usine Nizière implantée au centre du quartier, sauf le samedi et dimanche… A cette évocation, lui se rappelle qu’il y a quelques dizaines d’années quand on faisait parfois du café (un produit de riches, un produit de luxe) dans la ferme tout en bas de la plaine, son arome montait, montait pour arriver  jusqu’à lui en haut du piton rocheux qui le savourait…
On parla aussi de la Syrie, de la Palestine, de ce que fut l’Algérie plus d’un siècle durant…  On parla surtout de la vie en général , du peu que représentent nos vies en ce monde, de la nécessité d’être simple comme d’être prêts à des changements inéluctables qui interviennent souvent avant même qu’on ne les pressente…

Devant la tombe de sa mère, Chaalal Khadidja



Départ
Je devais reprendre la route, encore longue à travers plaines et montagnes avant d’atteindre les banlieues de la capitale… Je m’apercevrais bien après en atteignant l’autoroute-est-ouest que durant ces longs moments amicaux d’entretien où nous avions brassés tant de choses de l’univers nous n’avions en fait jamais évoqué la mer, même pas de nom…
Nous redescendîmes les escaliers de la petite allée cimentée, bien ombrée, laissant derrière nous une part de mystère à la clarté du mystère..  Arrivés à quelques mètres de la voiture je lui demandais de poser pour une photo devant l’immensité des plaines sous nos yeux. Ce qu’il fit de bonne grâce.



Loin en bas dans la plaine, il m’indiqua la petite ville de Sidi Hosni, qui avait porté un autre nom de saint mais à qui l’on donna le nom d’un combattant de la guerre de libération nationale en hommage posthume.
Et pas l’infime trace d’un klaxon, d’un bruit lointain de train, d’un avion perdu dans la stratosphère ou même d’un oiseau. Seule la caresse du vent au dessus du vide sidéral des plaines qui ondulent loin jusqu’au pied des montagnes qui s’estompent dans la brume éclatante d’août…

Ma visite aurait pu s’achever là. C’était compter sans la générosité subtile et insistante de mon hôte. Il m’invita d’abord à prendre pour la route un morceau de galette qu’il alla chercher à l’intérieur de la maison dont il laissa la porte d’entrée grande ouverte… J’avais à peine mis le moteur en marche qu’il m’appela et le vis, à l’intérieur de la pièce, mettre au coin de l’entrée un fauteuil de plastique blanc. Il insista… Une fois là j’appris que j’étais l’hôte de la maison pour un  simple couscous que sa belle fille préparait… Et ses petits enfants, filles et garçon, sortirent m’embrasser et me souhaiter en riant la bienvenue…

La pièce, simple, avait deux fenêtres aux volets clos. Des matelas recouverts d’un tissu de velours vert étaient posés le long du mur à même le sol sur un tapis sobre tressé…
Au mur, une grande carte ocre et rouge des conquêtes du temps du Prophète lui-même… Derrière moi, le grand cadre des 99 noms d’Allah…

Et là sous les 99 noms du Maître des Univers, l’hôte dressa le couvert sur une table basse en bois qu’il rapprocha de mon siège. Le plateau arriva enfin de la cuisine certainement où j’entendais les enfants rire et chuchoter avec leur mère.  Je ne pris pas de photo de la table servie et n’y pensais pas... Le repas que nous partagions se constituait en fait d’un petit plat de couscous accompagné de lait caillé, de petites tranches de pastèque et grappes de raisin noir.
Succulent.
Que dire de plus ?




Texte et photos :
Abderrahmane Djelfaoui




mardi 2 août 2016

Kateb Yacine : le bourgeois sans culotte !...

Faire reparler une photo, image plane, quadrangulaire, noir et blanc, a trente ans de distance…. Oui, bien évidemment c’est possible quand on prend la peine de transmettre la parole du témoin même qui la vécut ….

Que voit-on sur cette photo ?


Kateb Yacine, à droite, en chemise blanche, jambes croisées et main gauche suivant son propre flux d’explication… C’était en juillet 1988… Au centre, un journaliste égyptien de la revue « Koul el 3arab ». A sa gauche, Mostefa Abderrahmane, aujourd’hui vidéaste connu pour ses poignants films documentaires sur l’histoire contemporaine et douloureuse de l’Algérie d’avant l’indépendance…
Juillet 1988, précise une seconde fois l’ami Mostefa Abderrahmane. Parce que date à laquelle se déroulait la 42 ème édition du Festival du Théâtre d’Avignon, France….

Qu’est ce lieu ?

Un jardin magnifique, dit Abderrahmane Mostefa,  Le jardin du Festival où les dramaturges et les comédiens avaient  l’habitude de donner des conférences de presse à l’issue de la représentation de leurs pièces.
Kateb Yacine rencontrait ce jour là les médias, chaines de TV comprises, pour parler d’une de ses pièces (inédite jusqu’à ce jour chez nous, Algérie) qui a pour titre : LEBOURGEOIS SANS CULOTTE, OU LE SPECTRE DU PARC MONCEAU dans une mise en scène de Thomas Gennari ! (qui en connait même le titre ?... Le bourgeois sans culotte …)

La pièce de Kateb Yacine

La pièce ne ressemble bien entendu à aucune autre pièce comme Kateb Yacine lui-même ne ressemble à aucun poète de la planète.
Le prétexte part de Louis XVI  que les révolutionnaires français de 1789 allaient exécuter haut et court lui et son épouse la reine Marie Antoinette… La terreur, déjà… Mais l’intérêt est que la pièce se développe ensuite sur les « théâtres » modernes de la terreur des guerres coloniales comme celle d’Indochine pour finir sur celle d’Algérie… Une fresque historique transcendant tous les espaces géographiques et les temps traditionnellement découpés en « avant » ou « après »…
La pièce, se rappelle Mostefa Abderrahmane, avait été jouée au Musée Calvet trois semaines durant par les comédiens de la ville d’Arras, ville où était né Robespierre et d’où il s’était fait élire député au Tiers Etat en avril 1789…
La pièce, pour les spectateurs, se jouait en mouvement. Elle commençait en  pénétrant dans le musée Calvet lui-même, pour se poursuivre entre couloirs, salles et jardin… Tous les soirs à 18 heures trente, du 12 au 31 juillet 1988. Et les spectateurs, nécessairement pas assis, suivaient, suivaient, de prés…

Mais que Faisait donc là Mostefa ?

Des photos auraient pu l’expliquer mieux que 1000 mots. Mais on n’a pu encore les canner… Mostefa Abderrahmane se trouvait à Avignon avec la troupe Art Scénique de Mostaganem. Le choix avait été fait par les pouvoirs publics algériens d’envoyer cette troupe représenter le pays et sa culture… La troupe vint avec la pièce « Fin de partie » de Samuel Beckett, mise en scène justement à cette époque par Mostefa Abderrahmane. Elle avait réécrite par Ahmed Haroun et interprétée à Avignon  par Ahmed Haroun Et Bouaich Guenoun…
C’est comme ca que Mostefa Abderrahmane rencontra Kateb Yacine. « Un moment inoubliable », dit-il. Avant de rajouter ce souvenir. Il avait demandé à Kateb Yacine d’avoir la faveur de recevoir un texte de la pièce pour le ramener en Algérie, à Mostaganem. Pas possible, avait répondu Kateb Yacine. Pourquoi ?... Parce qu’à ce stade il n’y avait pas encore de texte définitivement établi de la pièce Le bourgeois sans culotte. A chaque représentation, expliquait Kateb Yacine, ce texte change, parce qu’il y a des rajouts, des modifications, etc…
Mostefa n’a malheureusement pas pu rapporter la pièce, mais cette photo qui en parle, parle et pourrait encore dire bien d’autres choses vivantes, inattendues, poétiques et folles comme seuls les créateurs authentiques savent le faire…

Abhderrahmane Djelfaoui

vendredi 29 juillet 2016

Un juillet qui mérite peut être une rétrospective…

On vit l’instant d’images qui attirent, qui émeuvent tant elles peuvent être belles ou fortement chargées mais qu’on abandonne l’instant d’après au fil des rives d’un demi songe sur le Net puis de son oubli…
Une fois n’est pas coutume,  pourquoi ne pas « remonter » quelques unes parmi des milliers d’entre elles sur cette rive d’un juillet roussissant et déjà sous la menace de hautes chaleurs d’aout annoncées…· 


La première nuit en est un ciel limpide

"Vagues de lumière" (Light waves)

du photographe japonais Kozo Miyoshi (né en 1947)




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Un soir de doute, un soir d’attente qui sera peut être le dernier coucher de soleil du ramadhan 2016...
Ce  ramadhan qui fut si difficile a assuré sous des vagues de chaleur torride…Puis annonça enfin sa fête, son Aid pour le jour d’après le 5 juillet

Cet avant dernier soleil déclinant lentement sur Aïn el Melha (ou l'oeil salé) de  la banlieue sud d’Alger
(photo Abderrahmane Djelfaoui)


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h o m m a g e   au   talent....

une photo du cinéaste iranien Abbas Kiarostami desparu



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J’avais pris la route à l’aube et, après la traversée de campagnes où, d’un coté,  les moissons avaient été bien faites avec des bottes de foin empilées avec soin, et de l’autre coté de la route des paysans récoltant de la pomme de terre, je vis alors cette cigogne juste à l’entrée d’un village.
la cigogne qui est porteuse de bonne nouvelle.
Aussi me dis-je : gardons sourire et juste espérance

(Photo Abderrahmane Djelfaoui prise à El 

Asnam, wilaya de Bouira)




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Bonjour l'eau, bonjour l'effort, bonjour la vie!
Ces jeunes rameurs sur un bateau-dragon, pratiquent un sport qui remonte à 2000 ans et qui rend hommage à Qu Yuan , un poète patriotique de la Chine ancienne...


(Photo and caption by 关嘉城/National Geographic Photo Contest)




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*Etait-ce un matin, était ce un soir…
Etait-ce hier, ou demain…
Loin du médiocre quotidien des villes, avec ma fille, goutant une tranquille vue du barrage de Boukerdène, wilaya de Tipaza, avec des montagnes derrière lesquelles se trouvent Hammam Righa et Boumedfaa...

photo Abderrahmane Djelfaoui




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Dans la vaste plaine entre le dos du mont Chenoua et le sympathique village de Sidi Amar, les moissons terminées, les labours entrepris, la terre retournée vers le ciel enfin respire son soleil et ses étoiles.
Tranquille dans ses senteurs, elle attend les semailles d'automne et la fraicheur des premières pluies fines...
Et la ligne haute tension avec ses hauts câbles d’acier semblant  toute disposée à aider ce silencieux travail du rêve éveillé...






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Puis, on ne sait par quel hasard on tombe sur un bouquin inattendu….
Aussi pour celles et ceux que la lecture de voyage intéresse pourquoi ne pas lire ce livre de Washington Irving.  On peut ainsi voyager fabuleusement avec un écrivain de talent du 19eme siècle mort et enterré…
Une liberté (et misères) des voyages d'antan à redécouvrir dans notre histoire poubelle du présent…
Une liberté pour celles et ceux qui ne se satisfont pas des seuls publicités d’agences de voyages qui vous certifient une prise en charge totale et tout le reste avec…






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Puis deux peintres rencontrés et aimés sur les réseaux sociaux
Djahida Houadef, d’abord
Un bonjour, simplement






Le tapis rouge de sa Palestine





Der-Ammar, 2010

Acrylic on canvas

105 x 115 cm




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et retour à Gharnata (Grenade)

"La veille où Grenade fut prise.
On ne croit pas à la guerre quand elle n'entre pas dans la maison; on ne croit pas au destin quand il ne met pas sur vous sa griffe. Il y a le peuple pacifique, et chaque jour le désir de vivre inépuisablement repris. Le cheval à la noria qu'il tourne, la na'oura disaient les Maures...."

Louis Aragon
Le fou d'Elsa (publié en 1963)

Cette photo : Une niche de l’Alhambra (El Hamra) vue  par Faiza Haddou en visite andalouse…


Photo : un jardin de l’Alhambra vu aussi par Faiza Haddou





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Puis de ma fenêtre de banlieue donnant sur une vigne suspendue, de m’exclamer :
Ah que ça joue le flirt à la lumière
ces garagouz d'ombres
d'une heure seulement...


Photo : Abderrahmane Djelfaoui




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Avant de terminer ici par
l'enfance des blés....

(Harvest in the mountains, Martina Martinčeka. (1913 - 2004)




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Vous aurez certainement remarqué deux choses.
La première : qu’il n’y pas ici d’images de la mer, sans qu’elle soit pourtant totalement absente. Car comment peut-on par exemple parler d’Andalousie sans avoir à l’Esprit Djbel Tarik (Gibraltar) sinon Christophe Colomb qui négociait déjà en mai 1488 son grand voyage avec Isabelle et Ferdinand à Murcie ?….Et d’autre part comment peut-on évoquer les cigognes sans leurs longues traversées des mers ?...
La seconde : ce rétrospectif est bien court, n’est-ce pas ?
Mais n’est-ce pas le fait de tout voyage à sa fin avant d’en entreprendre un autre.

Adiós, hasta pronto



Abderrahmane Djelfaoui


dimanche 3 juillet 2016

Une réalité filmée : le retour à Mostaganem de Khattab Hadjeba, l’enfant du pays

Il y  a juste quelques semaines, et à l’occasion de la date anniversaire de la grève des étudiants algériens du 19 mai 1956 (60 ans déjà !), la maison de la culture Ould Abderrahmane Kaki de Mostaganem a organisé une grande exposition de photographies. Le vernissage de cette forte exposition de quelques 120 œuvres à couper le souffle sur le Hoggar-Tassili, était inattendue,  mais draina beaucoup de monde, de sympathie et d’étonnement au profit de l’artiste. L’auteur, le vénérable photographe Khattab Hadjeba, âgé de 80 ans et vivant depuis 1960 à Lausanne, en Suisse, était lui encore moins attendu. Et Pourtant…




Une longue histoire d’hier à aujourd’hui…

Vous allez de suite et légitimement  vous demandez: mais quel lien entre le photographe Khattab Hadjeba et le 60ème anniversaire du 19 mai 1956 ?... Il y a bien un lien ; mais pour notre société aux institutions académiques pour lesquelles l’Histoire n’est pas la matière la plus respectée, il n’y a pas mieux que de donner la parole à l’exilé lui-même pour nous faire comprendre ce rapport.
Il écrit à ce propos dans un article autobiographique paru le 16 mai 2016 dans « Reflexion », quotidien national d’information du Dahra, ce qui suit :

« En tant que jeune et témoin [durant la guerre de libération nationale] de nombreuses injustices je cherchais alors à me rendre utile, aider mon pays. Je fis part discrètement autour de moi de mes intentions d'apporter ma contribution.
Ainsi avec le temps, je fis parti d'une petite cellule dont le responsable était Mr Abdellah Ould Hadj Larbi cordonnier et Mr Ghali Saïdi sapeur pompier, responsable des transmissions des produits médicaux.
Mon travail consistait à me procurer des produits de premiers soins et de les acheminer à un point donné. Je profitais des heures les plus chaudes, entre midi et quatorze heures, la surveillance étant moindre, pour livrer des médicaments, coton, pansements, alcool, mercurochrome et autres.
Avec le temps, les soupçons commencèrent à peser sur moi, la surveillance se renforça. J'avais juste 23 ans et sous l'insistance de ma mère, je dû fuir en France. Des messages me parvenaient de l'Algérie que la cellule avait été démantelée et que l'on me recherchait. Je n'étais pas en sécurité en France-Je décidais alors de passer en Suisse rejoindre un ami Ali Kara Mostepha qui m'accueillit comme un frère. C'est ainsi que je découvris Lausanne ». 
Il y aura là entre autres pour amis au fil du temps et des rencontres: Mohamed Khemisti, Bachir Boumaza, Hocine Ait Ahmed, etc.


Signalons juste au passage à propos de cette commémoration, que la salle d’exposition  de la maison de la culture Ould Abderrahmane Kaki de Mosta, avait déjà connue quelques expositions remarquables, dont, il y a quelques années , celle des œuvres de Mohamed Kouaci (1922-1996) photographe de l’ALN-FLN et du GPRA initiée par sa veuve ; salle qui connaitra aussi , à la veille même de ce ramadhan, une grande exposition rétrospective d’un autre enfant de Mostaganem, natif de sa vielle ville Tigditt : le peintre, graveur et affichiste Mohamed Khadda (1930-1991)….

Khattab Hadjeba années 80…(sur le rabat de la une de couverture de « Hoggar-Tassili)


De « Voir Venise… » à la «Passion des sables »
Avant de réaliser le livre de photographies « Hoggar-Tassili Passion des sables » (co édition Bouchène-Messidor-ENAP, 1991) accompagné de textes de l’écrivain et anthropologue Mouloud Mammeri, Khattab Hadjeba avait déjà édité un beau livre d’images en 1984 : « Voir Venise et revivre ».
Dans une correspondance qu’il nous adresse de Lausanne à propos de ce travail, Khattab Hadjeba  écrit : « J’avais l’idée de faire  un livre de photos en noir et blanc sur Venise, ville qui me séduisit au premier voyage. C’était l’occasion pour moi d’appliquer ma technique (virage partiel en sépia) que j’avais créé et que j’étais le seul à utiliser. Mon livre « Voir Venise et Revivre » illustre cette technique très spéciale. Je faisais alors plusieurs expositions à Lausanne et ailleurs avec mes photos et je rencontrais alors de grands photographes venus d’Europe. »
Des photos que l’artiste originaire de Oued el Khir (Mostaganem) exposera autant en Corée du Sud, en Turquie, à Sidney, au Japon qu’en Suède…




« Plus tard (poursuit Khattab Hadjeba dans sa correspondance) l’idée d’un second livre me vint et quoi de plus naturel que de penser à mon pays et en particulier le Sahara avec ses belles et magnifiques couleurs et gigantesques espaces désertiques.
Je fis plusieurs voyages avec des groupes Suisses. Mon livre sur le Sahara « Passion des Sables » vit le jour et je pense que se sont à mes yeux et dans mon cœur mes plus belles photos. »

 Tiré à plusieurs milliers d’exemplaires ce beau livre est introduit magistralement dés le premier paragraphe  par un Mouloud Mammeri à la fois géographe, historien, homme de terrain et d’archives:
« On l’a enrobé de légendes… longtemps avant de le connaitre… Des légendes à la fois fascinantes et dissuasives : le pays de la soif et des dunes sans havre, hanté par des guerriers touaregs voilés qui en défendent farouchement l’accès, lance et bouclier à la main. Désert où il ne fait pas bon s’aventurer parce que, passées les hautes plaines qui bordent au sud l’Atlas saharien, le Sahara, c’est surtout l’espace que tout rend impraticable : le relief, le climat, les hommes, la langue »…


Puis passées quatre premières photos subllissimes, photos de roches denses éclatées, millénairement enrayées de silence et de soleils, où le plein jour semble virer au crépuscule tant il ébloui, englouti et écrase, l’écrivain redevenu poète tutoie le lecteur pour l’avertir :

« Sache
Que le vide autour de toi
Fera le vide
En toi »

Et d’ajouter, quelques vers plus loin :

« …[Ici] Nul paravent
De règles ou de conventions
Ne te coupera de tes soifs
De tes ferveurs
De tes peurs
Devant la vérité nue de toi
Tu seras…
Tel qu’en toi-même enfin… »

       Force et pureté des lignes rocheuses du Hoggar Tassili dessinant comme un château sorti de la préhistoire 
et  photographié dans « Passion des sables » par Khattab Hdjeba

Puis ces textes poétiques vont se poursuivre, en s’espaçant pour laisser toute latitude à la photographie, toutes les photographies de Khattab Hadjeba, « pures »  comme au premier jour du monde et qui n’ont en fait pas besoin d’autre commentaire que celui de l’étonnement, de la fascination silencieuse…


Une autre photo-portrait réalisée par  Khattab Hadjeba et extraite de « Passion des sables »


« Je suis toujours fier d’exposer mes photos sur le Sahara, dit Khattab Hadjeba, vous y verrez des couleurs saturées, des ciels d’un bleu pur, mais vous y verrez surtout tout l’amour que je porte à mon pays et cela est le résultat de sentiments qu’aucune technique ne peut contrôler si ce n’est la technique de l’humain, le cœur. »



Rencontres virtuelles de Mostefa Abderrahmane avec Khattab Hadjeba

Mostefa Abderrahmane est lui aussi un photographe et cinéaste natif de Mostaganem. Une ville qu’il habite toujours et d’où il  n’a cessé d’élaborer d’importants projets  de photographies, d’expositions, d’ateliers d’initiation pour jeunes photographes ou films documentaires, et cela depuis des décennies.


Mostefa Abderrahmane lors d'une de ses visites à la ferme coloniale "Edmée de janson", prés de Bosquet (Sidi Ali) une ferme vinicole où furent torturés des dizaines de civils algériens durant la guerre de libération. Mostefa Abderrahmane y tourna son film documentaire de long métrage "Les cuves de la mort"  avec la participation de témoins hommes et femmes rescapés…



Mostefa Abderrahmane vient d’ailleurs juste de terminer un long métrage documentaire de1 heure 10 mn, dont le titre est : « Les enfumades du Dahra. Le crime de la civilisation ». Un film qui, contrairement a ce que laisserait croire son titre, part sur les traces des officiers de la conquête coloniale française au 19 ème siècle à travers toute l’Algérie et pas seulement dans le Dahra. Ainsi pour de nombreuses séquences tournées dans la région de Mascara, dans le sillage de la Smala de l’Emir Abdelkader ; également à Ain Merane (ex Rabelais), prés de Chlef où, le 12 août 1845, Saint Arnaud avait emmuré des populations civiles ; aussi dans la Metidja en hommage à la resistance vaillante des tribus des Beni Messra, des Beni Hadjout et des Beni Mered ; tout comme dans la région de Lambèse ou  le canyon de l’oued Rhummel à Constantine (prise de Constantine en 1837); dans les monts de Djijel enfin…
Autre caractéristique de ce grand film inédit est qu’il contient les interviews de deux historiens algériens : Amar Belkhodja et Fouad Soufi, d’une part. Et celles de deux historiens français Gilles Manceron et Olivier Le Cour Grandmaison, réalisées à Paris…

… « J'ai d'abord connu  Khattab Hadjeba nous dit Mostefa Abderrahmane,  grâce à une amie, Farida Tilikète, anciennement journaliste et aujourd'hui professeur à l'université de Mostaganem, qui m’avait offert voilà plus de 25 ans le premier livre que ce photographe vivant et travaillant à Lausanne avait consacré à Venise.
Comme je suis un amoureux des beaux-livres consacrés à l'art de la photographie, étant moi-même photographe, « Voir Venise et revivre » a été une espèce de coup de foudre d'autant plus que cet artiste (que je n’avais encore jamais rencontré) est de ma région. L’autre choc est que je connaissais beaucoup de photographes algériens et étrangers mais pas cet énorme artiste de mon pays pourtant connu à travers le monde. Presque partout,  sauf en Algérie et, plus encore: méconnu dans sa ville natale qui ne l'avait jamais sollicité ne serait-ce que pour une exposition.
Le deuxième coup de foudre c'est quand j'ai découvert à sa parution, vers 1990, le deuxième ouvrage "Passion des sables" réalisé dans le Tassili et le Hoggar et pour lequel l'incontournable écrivain et poète Mouloud Mammeri avait écrit des textes inoubliables
J'ai pu ensuite me débrouiller l’adresse postale de Kattab Hadjeba et commençais à lui écrire des lettres à Lausanne où il réside à ce jour pour lui manifester mon intérêt et mon étonnement sur son travail qui apaise, qui détend et surtout qui appelle à la sagesse. De là ont débuté tout une série d'échanges par mails avec lui.
Lors de sa venue à Mostaganem en 2015, j’ai pu lui demander directement s'il était d'accord pour qu'on fasse un film documentaire sur son parcours professionnel. Il a tout de suite accepté, avec joie et m’a dit que j’étais le premier à le solliciter pour un portrait…Je trouve injuste qu'une personnalité Maître FIAP (Fédération Internationale de l'Art Photographique), distinguée et honorée de par le monde pour son travail et ses expositions remarquables soit carrément ignorée en Algérie où les institutions accordent si peu d’importance aux artistes.»


Tournage d’un pèlerinage aux sources…

« Nous avons pu tourner durant deux semaines dans des sites naturels magnifiques dont la beauté vous coupe le souffle. Khattab Hadjeba a rencontré des pêcheurs à Hadadj, une magnifique plage qui lui rappela Agave au Portugal où il avait séjourné à un certain temps. Il ne connaissait pas Hadjaj. L’hospitalité des gens l’étonna. C’était notre première sortie. Puis ce fut la magnificence des hautes dunes de sable de Cap Ivi. De voir rassembler en un même lieu des dunes de sable et la mer, Khattab Hadjeba fut quasiment émerveillé. C’était à la fois le désert d’antan qu’il avait photographié dans « Passion des sables » dans le Hoggar-Tassili et l’air marin de la grande bleue, de la Méditerranée… Il était comme pris dans un tourbillon ; émerveillé. A sa demande nous sommes même revenus pour une seconde journée à Cap Ivi pour qu’il puisse marcher… Il y passa un long moment de méditation, rêveur, épanoui…

 Les dunes et lamer à Cap Ivi sur la route de Mosta verrs Ténès (photo Abderrahmane Djelfaoui)


« Durant notre périple et visite guidée de la région de Mostaganem, poursuit Mostefa Abderrahmane, le fil conducteur était simple : je lui demandais de faire ses photographies et je le suivais à la caméra pour recueillir les impressions de ce voyage de retour, un voyage quasiment initiatique pour lui. Tout en faisant plus ample connaissance entre nous,  on lui faisait découvrir des sites et des paysages  qu’il n’avait jamais vu, autant en bord de mer qu’à l’intérieur du pays, comme à Oued el khir, à trente kms de Mosta, vers Relizane, ou encore à la Kalaa des Beni Rached, un site préhistorique et historique magnifique… Khattab Hadjeba s’imprégnait de toutes ces ambiances et prenait tout le temps pour faire des photos…
« Autres moments forts ; à un moment donné il a aussi rencontré un grand nombre de personnalités soufies qui étaient présentes à Mostaganem dans le cadre d'un congrès international. Ce fut un grand moment d’échanges, de partage solidaire et de paix… Il rencontra également une délégation d'anciens footballeurs de l'équipe nationale d'Algérie venue pour le lancement d'un centre de radiothérapie pour la ville de Mostaganem… Tout cela en restant humble et silencieux dans sa démarche, ses rapports, ses échanges ; mais on sentait la force de ses émotions. Son visage et ses yeux en rayonnaient... »

Mostefa Abderrahmane à la caméra durant le tournage
photographié par Khattab Hadjeba(mai 2016)


Un des derniers moments forts enfin du tournage de ce film documentaire, me dit Mostefa Abderrahmane, aura été de faire se rencontrer le photographe de Lausanne et l’artiste peintre Mohamed Oulhaci qui réside à Stidia, un village paisible de la cote entre Mosta et Oran qui se trouve juste sous le méridien de Greenwitch… Deux heures de discussion amicale entre les deux artistes à échanger leurs expériences et impressions sur leurs livres  respectifs : Venise pour l’un, monographie de l’œuvre peinte pour l’autre. Cela autour d’un café, un après midi de mai alors qu’une caméra attentive et discrète les filme…

L’équipe du film dans un de ses moment de repos. Assis : Mohamed Ould Maamar et Abderrahmane Mostefa avec sa caméra.
Debout : Nadir Kaidi, le guide et l’interviewer. (Photo de Khattab Hadjeba)


De tout ce que me raconte le réalisateur, bribes par bribes, tels des bouffées de bon vent, j’imagine déjà la beauté sobre et lumineuse des  images de ce documentaire exceptionnel, la coulée de son récit, ses arrêts sur image et la découverte de la voix et des attitudes d’un de nos grands (et méconnu) artistes de la photographie dont il faut souligner qu’en sus de ses splendides paysages du Sahara, de Venise, de la Camargue ou des Alpes, il est aussi le créateur de beaux portraits noir et blanc des musiciens de jazz réalisés année après année au Festival international de Montreux…

La chanteuse et comédienne De De Bridgewater qui reçut  en1998 le Grammy Award du meilleur album de jazz pour l'album Dear Ella,  photographiée ici par Khattab Hadjeba



 Abderrahmane Djelfaoui