jeudi 11 avril 2019

MA LECTURE HOMMAGE D'ADONIS





je sens le plexus des murs
s’ouvrir de toutes briques
déraison

et la voix du muezzin
étirer le souffle
connu de dieux inconnus
à l’air lourd embaumé du dernier
crépuscule





de nulle part
s’en vient son ombre

page à page au goût
d’olive dont le noyau
dur
irréductible
est le temps
de tous




la cape de l’Histoire
est tissée de haillons

poète qui ne connaît
du présent que lézardes
béantes en abîmes





lui pour qui
le goût muet du pain
théorise la contradiction
de l’être
vers son trépas


*


Est-ce pour cela, Temps
que l’on t’a surnommé le Vieux,
même lorsque tu étais dans le ventre même
du Big Bang ?





©Abderrahmane  Djelfaoui
pour ces extraits de Lecture d’Adonis / Alger, 2004
et peintures numériques





jeudi 28 mars 2019

NOTRE MARCHE DU VENDREDI 22 MARS (chapitre 2)










Une famille : trois générations














El Hirak est sur la chaussée, sur les trottoirs, les escaliers, les rambardes, les balcons sans compter le bruit des hélicos dans le ciel






Proue fendant le flot de l’Histoire juste au dessus des l’agence de la Gulf Bank….. Mais pas suffisante pour que nous fendions le flux dense des manifestants entassés à cet embranchement de la rue Didouche, de la rue Addoun qui mène à Taffouraf et de  l’avenue El Khattabi qui donne sur la Grande Poste…  Je ne sais combien de dizaines de milliers de personnes font ici du surplace en scandant chants et mots d’ordre…






Belles illuminant le ciel du vendredi et celui qui le suit….







Sur le trottoir le moins encombré de la rue Charras….





… on souffle, on attend….
… que ça se fluidifie un peu pour continuer à marcher, avancer….






Mais sur et sous le large boulevard Amirouche ( et sa trémie) , parallèle aux rue Charras, Didouche et rue Pasteur plus haut donnant sur le tunnel des Facultés et la place Maurice Audin, les marcheurs sont momentanément  à l’arrêt… 






Des  dizaines de milliers de marcheurs sont tentés de revenir sur leurs pas et trouver d’autres chemins de traverse...





Alors que le ciel commence à s’éclaircir,des dizaines de milliers de marcheurs continuent d’arriver par la Rue Hassi Ben Bouali depuis la place du 1er Mai… A ce stade de la mi temps de la marche mon sentiment est que le million et demi de marcheurs a été dépassé de loin…



Abderrahmane Djelfaoui, texte et photographies

(à suivre)




NOTRE MARCHE DU VENDREDI 22 MARS (chapitre 1)





Venus de la banlieue sud en voiture et déposés à Diar El Mahçoul, nous avons, avec des centaines d’autres personnes, descendus en file indienne la Rue Fontaine bleue pour rejoindre le départ de la manifestation à la place du 1er Mai.





  
13 heures, juste quelques milliers de citoyens engagent le début de la marche...
malgré une petite brume on voit en haut à droite le bâtiment blanc de la Cour des Comptes…




Fillettes d’aujourd’hui, citoyennes de demain !





Dés le début de la rue Hassiba Ben Bouali, le vert-blanc-rouge est bien plus lumineux que la grisaille de la pluie et des nuages





Palestine au cœur !





Hassiba Ben Bouali - Le Parapluie Algérie








Pour les jeunes, pour les femmes, pour les catégories les plus diverses de métiers ou de chômeurs, les ados et les enfants le nouveau quotidien de la rue est devenu "normal": il faut le rejoindre quelle que soit la distance à parcourir à pied, il faut y participer, partager ses mots d'ordre, ses chants, sa symbolique, sa sympathie, se nourrir de sa fraîcheur saine et pacifique.









… Si nos cheveux ont roussi
Rouge est l’aube   
Vert le sourire et ses prairies…









Visages de la colère, de la crainte et de la détermination.







Abderrahmane Djelfaoui texte et photos

(suite dans un moment...)

samedi 9 mars 2019

MARS ET MARCHES D’ ESPOIR




Le mois de la renaissance des mimosas et autres arbres fleuris, le mois de mars, est devenu chez nous le mois où l’on célèbre la mémoire de Larbi Ben M’hidi, bien sur, mais celle de tous les innombrables qui n’ont cessé d’illuminer cette terre de ses rives marines aux lointaines dunes sahariennes dont les belles héroïques, les éternellement généreuses et jeunes d’hier et d’aujourd’hui pour lesquelles la parole publique reste trop souvent discrète, trop basse…









1954 – 1962 : l’histoire ne peut oublier le battement de vos cœurs, de vos mains ni la douce clarté résolue de vos yeux,  de vos âmes….


Quelques jours plus tard, à la veille même du 8 mars pour elles toutes, pour toutes celles d’aujourd’hui, connues et non connues, j’ai fais cette peinture (si ce n’est cette peinture « enfouie » qui s’est imposée à ce que je la fasse de mes neurones-yeux et de tous mes doigts, vite …), et vite la mettre en ligne…








Cette peinture « me venait » en même temps que des dizaines, si ce n’est des centaines de réminiscences fortes de poésies lues des années durant, des poésies ressouvenues là, maintenant, par bribes, que j’aurais tant voulues (mais comment ?.. Comment !) aligner d’un seul souffle, d’un seul regard et mouvement tel un drapeau lumineusement gai qui ondule au vent…

Que voulez-vous que je vous dise ?
La seule possibilité iconique et symbolique du moment fut pour moi de mettre à fleur de sens L’ETOILE, NEDJMA …






L’étoile, d’Orient et d’Occident…

Ce qui m’amena spontanément à joindre un poème des années 20 du siècle dernier…
Un poème du poète bengali Rabîndranâth Tagore traduit en français (dédié à ma Chafika..)


LE JARDINIER D’AMOUR


LE SERVITEUR
Oh ! Reine aie pitié de ton serviteur.
LA REINE
L’assemblée est terminée et tous mes serviteurs sont partis. Pourquoi viens-tu à cette heure tardive ?
LE SERVITEUR
Mon heure vient quand celle des autres est passée. Dis-moi quel travail reste à faire pour le dernier de tes serviteurs.
LA REINE
Qu’espères-tu puisqu’il est trop tard ?
LE SERVITEUR
Fais-moi le jardinier de ton jardin de fleurs.
LA REINE
Quelle est cette folie ?
LE SERVITEUR
Je renoncerai à tout autre travail, je jetterai dans la poussière mes lances et mes épées. Ne m’envoie pas dans des cours lointaines. Ne me demande plus de nouvelles conquêtes : Fais-moi le jardinier de ton jardin de fleurs.
LA REINE
Quel sera ton service ?
LE SERVITEUR
Celui de tes loisirs. Je garderai fraîche l’herbe du sentier où tu marches au matin et où, à chacun de tes pas, les fleurs avides de mourir, bénissent le pied qui les foule.
Je te balancerai parmi les branches du septaparna tandis que la lune, tôt levée dans le soir, s’efforcera à travers les feuillées de baiser ta robe.
Je remplirai d’huile odorante la lampe qui brûle près de ton lit et, de merveilleux décors de santal et de pâte de safran, je décorerai ton tabouret.
LA REINE
Qu’auras-tu pour ta récompense ?
LE SERVITEUR
La permission de tenir entre mes mains tes poings mignons pareils à de tendres boutons de lotus, et de passer autour de tes bras des chaînes de fleurs ; de teindre la plante de tes pieds du jus rouge des pétales de l’Ashoka et d’y cueillir, dans un baiser, le grain de poussière qui par mégarde pourrait s’y être égaré.
LA REINE
Mon serviteur, tes prières sont exaucées. Tu seras le jardinier de mon jardin de fleurs.


Une poésie qui me connecta tout aussi spontanément, naturellement si je puis dire à un poème que j’écrivis il  y a prés d’une vingtaine d’années, O Palestine, publié en octobre 2002 dans le numéro 3 de La Revue des Archers, à Marseille…







Ô PALESTINE



ces temps qui nous brûlent
les yeux
et vrillent de nuées noires
le vol des oiseaux
amnésiant jusqu'à l'encre
sympathique des enfances


quand refleuriront-ils
par delà le feu
par delà les cendres




Avec ce dessin de Richard Martin lui-même, responsable de la Revue et Directeur du Théâtre Toursky situé à l’Impasse Léo Ferré, à la frontière des quartiers nord de Marseille :






Un poème, un souvenir de solidarité qui a fait soudain jonction avec l’actualité au cours de la marche de ce 8 mars à Alger, rue Larbi Ben Mhidi … L’actualité d’un symbole aux significations plurielles qui m’a ému ; actualité d’une image (signée Abdelghani Chebouche) à laquelle je n’ai pu résister à lui faire écho, à la repartager à mon tour…





En ce lendemain de marches si spectaculairement pacifiques, humaines, lumineuses d’espoir digne et fraternel dire le plus simplement du monde:








Abderrahmane Djelfaoui
Ain Naadja, le 9 mars 2019

mercredi 13 février 2019

Torture / Algérie en guerre





Anna Gréki (1931-1966)
écrivait à Serkadji sur qu'elle avait subie en 1957:


Je ne sais plus aimer qu'avec la rage au cœur
C'est ma manière à moi d'avoir du cœur à revendre
C'est ma manière d'avoir raison des douleurs
C'est ma manière de faire flamber des cendres
A fond de cale à fleur de peau à l'abordage
Ma science se déroule comme des cordages
Judicieux où l'acier brûle ces méduses
secrètes que j'ai draguées au fin fond du large
Là où le ciel aigu coupe le ciel au rasoir la terre
Là où les hommes nus n'ont plus besoin d'excuses
pour rire déployés sous un ciel tortionnaire
Ils m'ont dit des paroles à rentrer sous terre
Mais je n'en tairai rien car il y a mieux à faire
Que de fermer les yeux quand on ouvre son ventre...


A la même période, le peintre surréaliste chilien Roberto Matta (1911- 2002), d’abord installé en France au début des années 50 puis en Italie peignait "La question" (d’après le récit d’Henri Alleg) , en 1958, une toile de prés de 2 mètres sur 3 mètres...





Analysant cette œuvre et la volonté du peintre « les émanations de l’innommable » et de « visualiser l’histoire », l’historienne de l’art Anissa Bouayed écrit  dans son livre « L’Art et l’Algérie insurgée. Les traces de l’épreuve 1954-1962 » édité à Alger en 2005 :


« … Des pans disjoints, verticaux et horizontaux, structurent partiellement l’espace où s’activent des figures totémiques dans une gestuelle infernale.  Réduction des bourreaux à n’être que des agents macabres.  Réduction par la violence subie et la douleur de l’être supplicié qui résiste à son anéantissement, on pourrait dire à sa désintégration tellement les formes empruntées par le peintre, les lignes brisées en autant d’éclats et d’éclairs montrent l’épouvantable intensité des champs magnétiques et des forces assaillant un être pour briser son intégrité physique et morale. Le blanc des éclairs, lignes brisées, irradiantes parcourent un univers gris, celui des tortionnaires, réduits à leur fonction délétère et perverse, tout entiers tendus vers leurs appareils, pointes métalliques, robots, dans un attirail de signes, une machinerie envahissante et terrifiante… »



dimanche 10 février 2019

Act 3 - Réfugiés au Bangladesh et +…




La rétrospective des photographies primées par la Fondation du World Press  Photo 2018 à Amsterdam se poursuit au Mama d’Alger.

Ici quelques prises en noir et blanc du photojournaliste canadien  Kevin Frayer,  basé en Asie, montrant la tragédie d'innombrables  familles de musulmans birmans fuyant vers le Bangladesh pour sauver leur vie…











Kevin Frayer (46 ans) est déjà bien connu pour ses reportages couvrant le Moyen orient et plus particulièrement la Palestine.




Image de la BBC - 19 septembre 2008

Les Palestiniens de Cisjordanie attendent la permission d'accéder au point de contrôle israélien à Kalandia pour pouvoir assister aux prières du vendredi à la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée par les Israéliens (photo: Kevin Frayer / AP)




Abderrahmane Djelfaoui



mercredi 6 février 2019

Bandit d’honneur mexicain ou chilien ? - Chilien ! répond le poète Pablo Néruda…


Portrait imaginaire de Joaquin, « Le Voleur des Montagnes »…



Cette histoire vraie d’un bandit d’honneur me rappelle, entre autres, celle du chaoui Messaoud Benzelmat, surnommé Le gaucher, de la tribu des Beni Bouslimane, né vers 1894 et tué par les goumiers en 1921…

Pour ce qui est de Joaquin Murieta, voilà de larges extraits de l’histoire telle que la raconte Pablo Néruda dans le recueil de ses articles et papiers intitulé : « né pour naître » (« PARA NACER HE NACIDO »), traduit de l’espagnol par Claude Couffon et édité en 1980 par Gallimard.




… Lorsque la nouvelle de la découverte de l’or en Californie s’ébruita, une multitude de Chiliens se transporta là bas à sa recherche. On partait de Valparaiso qui était à l’époque le port le plus important du Pacifique Sud. Les émigrants étaient des mineurs, des paysans, des pêcheurs, des aventuriers, irrésistiblement attirés par le hasard éblouissant. Des hommes accoutumés à vaincre au Chili les difficultés engendrées par une terre pauvre et âpre.


… Parmi eux se trouvait Joaquin Murieta, le plus célèbre des bandits du Chili. Mais n’était-il vraiment qu’un bandit, qu’un hors-la-loi ?
C’est le sujet de mon poème.



Murieta eut de la chance. Il dénicha de l’or, se maria avec une compatriote, et tandis qu’au prix d’un effort inouï il continuait à chercher de nombreux gisements éclata le drame qui changea sa vie.
Mexicains, Chiliens et originaires de l’Amérique centrale vivaient dans les quartiers pauvres des cités qui poussaient comme des champignons aux environs de San Francisco. On entendait le soir, palpiter les guitares et s’élever les chansons du continent brun.

Bientôt cette avalanche d’étrangers, d’or, de refrains et d’allégresse suscita la violence. Les Nord-américains constituèrent des associations de gardes blancs qui s’abattaient la nuit sur ces gîtes, incendiant, rasant, massacrant.

L’idée du Ku-Klux-Klan, sans aucun doute, est née de là. Car ces premiers croisés yankes qui voulaient débarrasser la Californie des Latino-Américains et, aussi, bien entendu, faire main basse sur leurs découvertes, montraient le même racisme frénétique que ceux qui leur ont succédé jusqu’à nos jours. C’est au cours d’une de ces razzias que fut assassinée la femme de Joaquin Murieta.
Le Chilien, qui était au loin, jura, à son retour, de se venger.

Dés lors, les humiliations et les raids des bandes ne restèrent plus impunis.
La nuit, le clan vengeur partait à la chasse aux Nord Américains et ceux-ci tombaient comme dxes épis murs chaque fois qu’ils rencontraient Murieta et ses hommes.
Durant plus d’un an cette guérilla secrète s’exerça comme elle put et, pour répondre à la légende des bandits au grand cœur, vola le riche pour donner au pauvre, autrement dit restitua aux détroussés ce que leur avaient dérobé les détrousseurs.



Joaquin Murierta mourut comme les gens de son milieu : durant une escarmouche, et criblé de balles.  Sa tête fut exposée à la foire de San Francisco et enrichit ceux qui faisaient payer les badauds pour contempler ce triste trophée.

Pourtant Murieta – ou mieux, la tête de Murieta- ressuscita pour un nouveau destin. Une légende surgit qui, cent ans plus tard, continue de chevaucher dans la mémoire de tous les peuples de langue espagnole. Une multitude de livres, de chansons, de poésies populaires maintiennent vivant son souvenir. Les Nord-Américains l’ont traité de bandit, mais le terme s’est ennobli dans le souvenir du peuple, qui le prononce avec respect quand il s’agit de Murieta…


Affiche de la pièce de théâtre écrite par Pablo Neruda




Salvador Allende et  Pablo Neruda. FUNDACIÓN ALLENDE






Abderrahmane Djelfaoui